Voici ce discours tel qu’il a été LU (car il n’emprunte aucune de ses beautés au pittoresque de l’improvisation), tel que M. Sainte-Beuve l’a remis au Moniteur universel, après en avoir corrigé LUI-MÊME les épreuves.
« Messieurs,
« Vous avez désiré que nous ne QUITTIONS pas… » — Mon portier dirait : QUITTASSIONS ; il est vrai qu’il n’est pas de l’Académie, — « sans LUI adresser un dernier adieu, LES restes » — !!!! — « du médecin habile, de l’ami excellent, du cœur dévoué que nous perdons. C’est pour obéir à ce vœu de l’amitié que je me hasarde à élever la voix dans un lieu et dans une circonstance où le silence ému est encore la plus éloquente des paroles. »
Un silence ému qui est une parole éloquente ! voilà un genre d’éloquence à la portée de tous les orateurs. Quel malheur que M. Sainte-Beuve ne s’en soit pas contenté ce jour-là !
« Ce qu’était Armand X…, qui nous est si soudainement enlevé, nous le savons tous ! » — Alors, pourquoi le dire, si tout le monde le sait ? — « Né en 1792, enfant d’une génération qui produit des hommes supérieurs et distingués en tout genre… » — Un cordonnier fait des bottes en tout genre ; une génération produit des hommes supérieurs dans tous les genres. — « … élève de l’École normale dans la première ferveur de la création… » — La première ferveur de la création — ? — « … il eut aussi à sa manière » — manière à lui tout seul — « le souffle et le feu sacré. » — De sorte qu’il pouvait lui-même, avec son propre souffle, souffler son feu sacré ; pensée de haut style, aussi ingénieuse que sublime. Quoi qu’il en soit, à la place de l’auteur, j’aurais mis sacré au pluriel. « Il marqua de bonne heure entre ses jeunes camarades… » — Entre se dit seulement quand il est question de deux personnes ou choses ; ici entre est une faute ; la grammaire exige parmi, — « par des qualités bien à lui. » — Des qualités brevetées, que lui seul avait le droit de posséder.
« Destiné d’abord à l’enseignement des sciences, chargé de professer la physique au lycée de Metz, il reçut, dans cette cité patriotique et guerrière… » — Rengaîne civico-militaire. — « le coup direct des événements de 1814 et de l’invasion. » — Dans quelle région reçut-il ce coup des événements ? On n’a jamais su. — « Son cœur saigna. » — Infirmité désagréable, mais difficile à constater sur le vivant. — « Et il commença par faire ce qu’il fit ensuite toute sa vie : il se dévoua. Son zèle à servir nos braves soldats atteints de typhus faillit lui devenir funeste ; saisi lui-même par le fléau, il fut près de payer de sa vie son humanité. » — Du moment qu’il s’était laissé saisir, il ne lui restait d’autre ressource que de payer, c’est clair comme un exploit d’huissier. Je ferai cependant observer à l’auteur qu’un fléau n’est pas un gendarme, il vous atteint, mais ne vous saisit pas. — « Et Metz, qui avait été témoin de ce dévouement du jeune professeur, s’en est ressouvenu toujours. » — On ne peut se ressouvenir que des choses qu’on a oubliées ; il faut : s’en est souvenu toujours.
« Cette noble cité, » — rengaîne civico-prudhommique, — « était devenue, pour Armand X…, une seconde patrie ; ses amis de Metz sont restés fidèles jusqu’à la fin, » — La fin de quoi ? — « à cet enfant adoptif, à ce cœur généreux dont ils avaient vu le premier élan. »
« Trop impatient pour dissimuler ses sentiments nationaux, » — rengaîne libérale — « et frappé » — encore des coups ! — « dans sa position universitaire, il se tourna vers une profession indépendante. » — Il se tourna, ceci indique clairement que cette fois il n’a pas été frappé par devant — « et vers celle en même temps QUI permettait » — Qui permettait à qui ? Il faut : qui lui permettait — « le mieux d’appliquer les inspirations humaines QUI faisaient le fond de sa nature. » — Figurez-vous une nature dont le fond est rembourré d’inspirations humaines ! — « Il se fit médecin. C’EST à d’autres QU’IL APPARTIENDRAIT de dire » — Si l’auteur veut c’est, il doit mettre appartient ; s’il tient à conserver appartiendrait, il est nécessaire qu’il écrive : ce serait — « les qualités essentielles QU’IL porta dans cette profession délicate et sacrée. » — On porte des choux dans une hotte, mais on ne porte pas des qualités délicates DANS une profession. — Sacrée, pourquoi sacrée ? Rengaîne baudruche ; les médecins n’ont jamais eu la prétention de passer pour sacrés. — « Elle était telle pour lui. » — Telle, quoi ? sacrée ou délicate ?
« Messieurs, vous le savez ; il n’écrivit pas, il s’adonna tout entier à guérir. » — On ne s’adonne pas à guérir, mais à l’art de guérir. — « On s’accordait à reconnaître dans Armand X… (et les maîtres de l’art, QUI furent presque tous ses amis, ne me démentiront pas) un diagnostic prompt, fin et sûr, un tact médical QUI est le premier talent du praticien. » — Ces six QUI à la queue leu leu font un superbe effet.
« Pendant des années, on l’a vu mener de front toutes les activités généreuses, » — Un attelage d’activités généreuses ! — « secourir TOUS les malades, TOUS les vaincus, TOUS les souffrants, applaudir à TOUS les succès de ses amis et les propager par ses sympathies ardentes. » — Une sympathie ne peut rien propager, même quand elle est très-ardente, elle peut tout au plus exciter les gens à propager quelque chose.