M. Duchartre s’est donc constitué le gardien de la végétation, il l’a fait passer nuit et jour sous la toise, comme les jeunes conscrits destinés à sauver la patrie.

Le jour cela va encore, et on peut, en se livrant à ses petites occupations, promener le mètre et le compas sur les têtes végétales ; la nuit il n’en est pas de même, le service est pénible.

Pour la période nocturne, le savant botaniste a délégué ses facultés d’observation au fidèle Baptiste, qui monte la garde avec une lanterne au pied des espaliers. Mais Baptiste est un garçon consciencieux qui ne veut pas assumer tout seul une si grande responsabilité. Lorsque son attention est trop fortement surexcitée, il court réveiller son patron.

— Monsieur, monsieur ?

— Hein ! quoi ? qu’est-ce qu’il y a ?

— Monsieur, je crois que, depuis minuit, l’humulus lupulus a poussé de trois millimètres.

— Pas possible, Baptiste, quelle heure est-il ?

— Deux heures trente-cinq.

— Trois millimètres en deux heures trente-cinq ! Allons voir cela, Baptiste. Diable, mais il pleut ?

— A verse, monsieur.