Je vous mets au défi, monsieur, de citer le changement ou l’omission d’un seul mot de votre étrange discours (étrange, je l’ai prouvé).
Il n’est pas honnête de mettre en doute la loyauté et la sincérité d’un homme quand on n’a aucune raison pour cela.
Vous accusez l’Événement d’avoir manqué à ses habitudes d’actualité, en publiant un discours âgé de neuf ans. J’admets que vous croyez sincèrement à la loyauté de ce reproche. Cependant, votre irritation vous fait oublier qu’on a pris soin, en tête de l’article, d’avertir le public que votre discours était extrait d’un livre que je publiais sous ce titre : les Causeries du docteur, et où vous êtes en très-bonne compagnie. C’était donc une réimpression, comme votre colère est une réédition ; car lorsque mon article parut, en 1857, dans le Moniteur des hôpitaux, vous n’étiez pas de meilleure humeur qu’aujourd’hui.
Neuf années ! j’étais si jeune alors, semblez-vous dire, il y a prescription. La prescription n’existe pas dans le code pénal, pour les crimes et délits contre la syntaxe, surtout quand le coupable est de l’Académie.
Je vous assure, monsieur, que je ne suis ni un pédant, ni un grammairien ; seulement j’avoue que je n’ai aucun fétichisme pour l’autorité des noms. Je n’accepte pas tous les saints dans mon calendrier. J’aime à rire à mes heures, et je secoue volontiers, en passant, le piédestal de nos réputations surfaites, simplement pour prouver à nos petits grands hommes que leur gloire n’est pas solide sur ses jambes.
Veuillez agréer, etc.
Le docteur Milliot de Kriow a imaginé d’éclairer l’intérieur du corps humain à la manière des lanternes. Son procédé consiste à introduire un tube de verre par l’œsophage jusque dans l’estomac — comme l’avaleur de sabre chinois. Ce tube est muni de fils métalliques rendus incandescents par l’électricité. L’estomac, éclairé, devient alors transparent. On illumine l’intestin par le même procédé, en introduisant un autre tube par le rectum. Lorsqu’on est désireux de s’éclairer à giorno, on emploie les deux tubes à la fois. L’auteur a fait son expérience sur un chien et sur un chat, préalablement chloroformés. Le chien a pris la chose assez philosophiquement : mais le chat, auquel on avait peut-être dissimulé une partie de la vérité, n’a consenti à devenir lumineux qu’après avoir administré plusieurs coups de dent à son opérateur.
Vous désirez probablement savoir en quoi cela peut être utile à la médecine. Franchement, j’avoue que, pour le moment, il serait difficile de trouver le placement de cette découverte. En Amérique, on pourrait s’en servir pour éclairer les corps des pendus, de façon à ce que les passants ne les heurtent pas la nuit. En France, cela n’est applicable que pour les réjouissances. Un monsieur, qui désirerait, le 15 août, économiser les lampions, pourrait, après s’être introduit dans le corps les deux tubes lumineux, passer la soirée à sa fenêtre. Cette illumination pittoresque ferait un fort bel effet.