Le ciel nous jette des pierres. Il est encore tombé le mois dernier un aérolithe qui est arrivé (par ricochet) jusqu’à l’Institut. La police de la voirie semble assez mal faite dans les régions éthérées. Nous avons cependant assez de tuiles que nos maisons nous lancent à la tête, sans nous trouver encore exposés à recevoir les morceaux des vieilles planètes qui se brisent dans l’espace.
Le soir, lorsque votre regard interroge la voûte constellée, en quête d’un souvenir ou d’une espérance, vous avez parfois suivi d’un œil curieux les étoiles filantes qui se décrochent du ciel en rayant l’obscurité d’une traînée lumineuse. On dirait des âmes en peine à la recherche d’une nouvelle patrie. Elles s’en vont au delà de notre horizon tomber dans l’immensité ; mais quelques-unes, fatiguées de leur course échevelée, se laissent prendre dans notre atmosphère, subissent les lois de l’attraction et se précipitent sur la terre avec une vitesse d’environ 40 kilomètres par seconde.
La terrible vitesse de leur mouvement de translation les échauffe, les rend lumineuses et incandescentes au contact de l’atmosphère terrestre. Sur ses confins, parfois elles éclatent comme des bombes, et c’est à l’état de nombreux fragments qu’elles touchent le sol. Je pourrais même dire qu’elles le défoncent, car elles se creusent parfois un trou de 2 à 3 mètres de profondeur.
Les étoiles filantes prennent dans le langage scientifique le nom de bolides, aérolithes ou météorites. Leur constitution chimique est à peu de choses près toujours la même : elles sont composées de soufre, de silice, de magnésie, de fer et de nickel à l’état métallique, de chrome, etc. Parfois elles contiennent un peu de charbon ou de matière bitumineuse.
Leur physionomie est celle d’un fragment de roche irrégulier, et la surface est recouverte par une vitrification due à la fusion de leurs éléments superficiels, déterminée par la haute température qu’elles ont subie dans leur voyage.
Le volume des aérolithes est variable comme leur poids, qui oscille entre 250 grammes et 50,000 kilogr. On les a vus tomber avec tant de profusion, qu’ils étaient innombrables. On estime à plusieurs centaines de mille ceux qui sont tombés entre le golfe du Mexique et Halifax dans la nuit du 12 au 13 novembre 1823.
Heureusement que ces averses de feu sont inconnues dans nos contrées. Les bolides deviennent assez rares chez nous pour qu’on signale leur chute comme un phénomène. Une pluie de grenouilles est désagréable, et encore, on peut en tirer un certain parti ; mais une giboulée de pavés brûlants, même venant du ciel, serait une chose détestable à tous les points de vue.
L’illustre Laplace considérait les bolides comme des débris lancés par les volcans de la lune. Cette hypothèse, abandonnée maintenant, n’avait rien d’impossible.
La lune n’a pas d’atmosphère, elle n’est point, comme notre planète, enveloppée par un milieu aérien présentant une certaine résistance. Une pierre lancée de la lune avec une vitesse égale à cinq fois et demie celle d’un boulet, sortirait de la sphère d’attraction de notre satellite pour tomber dans celle de la terre. J’ajouterai que la constitution des bolides leur donne une grande ressemblance avec certaines de nos roches volcaniques.
Il est admis actuellement que les astéroïdes dont nous nous occupons forment deux grands courants distincts se mouvant autour du soleil, en dehors de l’atmosphère de la terre. Il en existe des myriades qui parcourent les deux zones. Celles qui font l’école buissonnière, ou que leur humeur quinteuse écarte du troupeau, subissent l’attraction des planètes dont elles s’approchent, et contre lesquelles elles viennent se heurter ; car chaque corps céleste a une activité d’attraction qui rayonne dans une certaine étendue, et tout ce qui passe à la portée de ce rayonnement est immédiatement attiré de la circonférence au centre.