En ce temps-là, on faisait beaucoup de conférences, et les savants étaient gracieusement invités à conférencier aux Tuileries. Une très-haute dame manifestait devant M. Le Verrier le plaisir qu’elle avait éprouvé à une séance fort intéressante de M. Delaunay, de l’Institut.

— Comment ! madame, dit M. le Verrier avec l’aimable courtoisie qui le caractérise, vous avez écouté ces bêtises-là ?

— N’en soyez pas surpris, monsieur, j’ai eu le courage d’écouter les vôtres.


Avant l’arrivée de M. Le Verrier à l’Observatoire, le budget était de 45,000 francs. Maintenant il s’élève à 152,000. En quatorze années, la somme du budget ordinaire atteint 1,416,000 francs ; ajoutez à cela 1,000,000 pour le budget extraordinaire ou complémentaire, plus 78,000 fr. provenant de reliquats de tous les établissements de même chapitre, et nous arrivons au chiffre de 2,500,000 francs, ce qui donne une moyenne de 182,000 francs par an. Jamais, sous aucun gouvernement, l’Observatoire n’a été traité aussi largement.

Si un autre astronome que M. Le Verrier m’affirmait que l’État a reçu de la science pour son argent, je n’en croirais pas un mot, ni lui non plus.

On accorde à l’Observatoire de Marseille une subvention de 7,000 fr. M. Le Verrier en distrait au moins 5,000, qu’il applique aux besoins de l’Observatoire de Paris. Oh ! si les Phocéens savaient cela ! Et pourtant ils découvrent des planètes. La dernière a été signalée par M. Stéphan.

Mais il eut l’imprudence de laisser transpirer la chose dans les journaux de la localité. Cela lui a attiré de M. Le Verrier un de ces ouragans qui font pâlir le mistral. Apprenez, monsieur, qu’à l’Observatoire il n’y a pas de découvertes personnelles, il n’y a que des découvertes ADMINISTRATIVES !

Je pense depuis longtemps que l’astronome qui montre la lune sur le pont Neuf, serait moins désastreux que M. Le Verrier à l’Observatoire ; il n’y brillerait certainement pas d’un aussi vif éclat, mais il coûterait moins cher et laisserait peut-être ses collègues travailler en paix.