A l’époque où M. Le Verrier n’était encore qu’astronome-adjoint, il avait à l’Observatoire un collègue extrêmement distingué, membre de l’Institut, et qui se nommait Mauvais ; il valait mieux que son nom. Un jour que M. Le Verrier l’avait tracassé plus que de coutume, ce bon Mauvais sortit furieux du terrain scientifique, et entama la litanie des apostrophes, non pas de ces petites apostrophes que l’on se dit en famille : c’était énorme, écrasant.
— Monsieur, vous m’en rendrez raison ! s’écria M. Le Verrier.
Vous savez, on propose parfois un duel à un ami, — comme on lui offre un cigare quand on n’en a qu’un, — avec l’espérance qu’il aura la discrétion de ne pas accepter.
— Je suis complétement à vos ordres, répondit Mauvais.
Alors les intestins de M. Le Verrier lui crièrent énergiquement que c’était bien mal de répandre le sang humain. Malgré son courage, l’astronome se rendit à l’éloquence insurrectionnelle de ses entrailles, et courut chez MM. Dumas et le général Poncelet pour les prier d’arranger l’affaire. Ces deux honorables membres de l’Institut se rendirent chez leur collègue.
— Ah çà ! dit le général, y pensez-vous, Mauvais ? Comment ! vous voulez massacrer ce pauvre Le Verrier ?
— Moi ! nullement. Il est vrai que je lui ai dit ceci et cela ; mais, dès qu’il s’en montre satisfait, je n’ai point de raison pour refuser ses excuses.
M. Le Verrier prit sa revanche, et, aussitôt nommé directeur, il mit Mauvais à la porte de l’Observatoire. Pauvre Mauvais ! il devint bien triste ; ce n’est pas son directeur qu’il regrettait, oh ! non ! mais il aimait les fleurs et cultivait avec passion dans son jardin de l’Observatoire une magnifique collection de rosiers qui étaient la moitié de sa vie.
Le désespoir s’empara du pauvre astronome, et il se fit sauter le crâne d’un coup de fusil, le seul qu’il ait tiré de sa vie.