Une simple observation sur le nombre de vos adhérents : j’ai ouï dire que vos deux mille signatures appartenaient à des pères de famille, alors vous en cachez ; car il paraît que huit à neuf cents prêtres l’ont signée, et vous ne les rangez certainement pas parmi les pères de famille.
Je suis bien convaincu, mon bon Giraud, que vous n’êtes pas homme à jouer une partie avec des dés pipés et des cartes biseautées ; vous éprouverez donc une douloureuse surprise en apprenant que les documents qui servent de base à votre dénonci… non, à votre pétition, sont absolument faux.
Ils seraient vrais que je n’y trouverais pas de quoi faire pendre un homme ; mais comme ils sont faux, vous voilà obligé de chercher autre chose.
En votre qualité de général, vous n’avez pu descendre vous-même aux infimes détails qui sont du domaine des subalternes, vous vous êtes borné probablement au rôle de collecteur. Quand le préfet de police désire savoir ce qui se passe dans une réunion, il n’y va pas lui-même, il s’y fait représenter par des agents qu’on nomme, je ne sais pourquoi, des mouchards, lesquels se faufilent dans les groupes et enregistrent, en général, avec fidélité les faits et gestes des ennemis de l’ordre public.
Vos agents de la police cléricale ont procédé de même, en se faufilant dans les hôpitaux et dans les cours de la Faculté. Seulement ils se distinguent de leurs confrères de la préfecture, en ce qu’ils inventent des faits divers matérialistes, quand le sort trahit leurs oreilles ; la faim sanctifie les moyens. Si vos agents de police ne travaillent pas pour la gloire, ils vous ont volé votre argent ou celui des fidèles.
Ainsi :
Dans votre pétition, vous parlez avec une chaleureuse indignation d’un médecin de la Salpêtrière, qui aurait plaisanté sur les amulettes d’une vieille femme. Eh bien ! mon bon Giraud, l’agent qui vous a conté cette bourde l’a entièrement fabriquée. On vient encore de faire une enquête à la Salpêtrière ; tout le monde a été interrogé, depuis le concierge jusqu’au directeur ; on a même exhumé deux pensionnaires qui vivaient l’an passé. Vous pouvez vous en rapporter à M. Husson, pour faire une enquête, quand il s’agit d’être désagréable aux médecins ; et l’on n’a pu trouver la moindre trace réelle de cet odieux cancan.
Renvoyez votre agent lire l’enquête ; il y trouvera de la main du docteur Moreau (de Tours), médecin de cet établissement, l’apostrophe de Blaise Pascal aux jésuites : MENTIRIS IMPUDENTISSIME ; ce sera sa punition.
Mais vous-même, mon cher Giraud, êtes-vous exempt de blâme, lorsque vous ajoutez dans votre pétition : Et des faits semblables se produisent SOUVENT dans les hopitaux. Qu’en savez-vous ? Si le fait est démontré faux lorsqu’on précise le lieu où il serait arrivé, la logique permet d’admettre qu’il est archifaux quand on l’indique dans les vapeurs du vague. J’ose vous dire, mon bon Giraud, malgré tout le respect que j’ai pour votre aimable caractère et vos fortes convictions, que vous avez ici manqué de la prudence que recommandent les auteurs sacrés dont vous suivez les traces.