Puis à la page suivante :

« La jeunesse est moins prévoyante que l’âge mûr, et les jeunes maris n’ont pas la prudence (pour employer une expression euphémique) qui porte les hommes plus mûrs, je ne dis pas plus sages, à ménager le nombre de leurs enfants. »

Est-ce clair ? Votre homme est-il bien pris la main dans le sac, et n’a-t-il point attribué à M. Broca, et cela en altérant son texte, une opinion tout à fait contraire de celle qu’il a exprimée ?

Je ne dirai rien de cet autre professeur qui aurait proclamé que la matière est le Dieu des savants. L’enquête du vice-recteur a prouvé que c’était encore un cancan inventé.

Quand on attaque, avec autant de violence que vous le faites, des gens qui ont bec et ongles, il ne faut pas aller à la bataille avec des fusils de carton.

J’espère, mon bon Giraud, que vous allez sans retard prévenir MM. les cardinaux que vous avez été indignement induit en erreur ; car si vous les laissiez s’engager dans une discussion basée sur de pareilles faussetés, vous vous exposeriez à perdre leur confiance et leurs bénédictions.


Passons, si vous le voulez bien, mon cher Giraud, à la partie annexe de votre pétition, et que vous adressez au Sénat par la voie de votre Journal des Villes et Campagnes. Vous déclamez, en citant des phrases, contre les doctrines des professeurs Vulpian et Axenfeld, jeunes savants qui honorent autant la Faculté par leur caractère que par leur science. Vous leur reprochez surtout de dire sous des formes diverses que le cerveau est l’organe producteur de la pensée. Je dois vous confier, mon bon Giraud, qu’il y a de longues années que le fait n’est plus discutable, et si la science venait toute seule aux gens, comme la grâce efficace, vous n’ignoreriez pas cette vérité élémentaire.

Sauriez-vous par hasard, de source certaine et par révélation, que la pensée se forme dans l’intestin grêle ou la rate ? Si vous le savez, ne craignez pas de répandre cette nouvelle doctrine, et la liberté de l’enseignement que vous réclamez est tellement complète, tellement grande, que la Faculté vous accordera, pour peu que vous le désiriez, un amphithéâtre à l’École pratique, pour enseigner ces vérités nouvelles. Seulement, si les élèves ne vous portent pas en triomphe, il ne faudra point trop leur en vouloir.

Vous êtes allé visiter le décapité qui parle, il vous a répondu, donc son cerveau émet la pensée ; vous interrogeriez vainement le reste de son corps, il ne vous répondrait rien du tout.