Allons sérieusement au fond des choses, mon bon Giraud : ce n’est pas la liberté de l’enseignement que vous demandez, car nous la possédons, et chacun a le droit de professer toutes les sottises qui lui passent par la tête, pourvu qu’il respecte le code. Ce que vous rêvez, c’est la faculté de recevoir des bacheliers voués au blanc, des licenciés porte-cierges, des docteurs ad majorem Dei gloriam. Il vous faudrait aussi jeter bas M. Duruy, ce qui serait un très-grand et très-véritable malheur, car il est le seul ministre de l’instruction publique sincèrement libéral et progressiste que nous ayons eu depuis longtemps, et j’espère que vous n’obtiendrez rien de tout cela.
Livrer le haut enseignement au parti clérical serait la ruine de la science en France. Le fait est démontré par les échecs que subissent vos candidats aux concours des écoles spéciales du gouvernement.
L’école de Paris n’est ni athée ni matérialiste, elle est positiviste, elle examine les faits sans se laisser enchaîner par la révélation.
L’école cléricale, pour être conséquente avec ses principes, serait obligée de courber la science sous ses doctrines immuables. Elle enseignerait par exemple :
En anatomie : que la femme est tirée de la côte de l’homme.
En histologie : que l’homme est composé de boue.
En thérapeutique : que l’eau de la Salette guérit tous les maux.
En hygiène : que la crasse et la vermine sont les apanages de la perfection : l’empire appartient aux peuples malpropres.
En botanique : qu’il existe des raisins dont une grappe forme la charge d’un homme.
En histoire naturelle : que la baleine peut avaler un homme d’un seul coup.