Nonobstant, les blonds fils de l’Allemagne ont joué de l’ophthalmoscope avec beaucoup de bonheur, et grâce à cette badauderie française qui accepte comme un phénomène l’étranger écorcheur de notre langue, ils ont fait une plantureuse moisson.

Jusque-là, tout est pour le mieux. Mais l’un d’eux, grisé par le succès, et sans être ni docteur, ni officier de santé, ni même herboriste d’aucune Faculté française, a voulu escalader les régions officielles et obtenir la création à son profit d’une chaire d’ophthalmologie à l’École de Paris. Notez qu’il en existe déjà une, occupée avec beaucoup de distinction par M. Foucher, lequel peut être suppléé par dix autres oculistes français possédant les conditions exigées par notre législation, et dont les titres scientifiques sont très-supérieurs à ceux du spécialiste d’outre-Rhin.

Que diraient les Allemands, si on nommait le juge de paix de la Ferté-aux-Oignons membre de la cour de cassation de Berlin. (Je dis Berlin, parce qu’on assure qu’il y a des juges.)


Un haut fonctionnaire de l’enseignement a fait comparaître devant lui l’audacieux compatriote de Méphistophélès.

— Quels services signalés avez-vous rendus à la science, pour qu’on méconnaisse en votre faveur les titres acquis et qu’on bouleverse les règles de notre droit scolastique ?

— J’ai affre piblié un atlas des maladies des yeux.

— Avez-vous découvert ces maladies ?

— Nein, monsir, ce être d’autres.

— Vous avez donc inventé l’instrument avec lequel on a fait ces découvertes ?