— Nein, monsir, ce être Helmholtz.

— Vous avez au moins exécuté vous-même les dessins de l’atlas ?

— Nein, monsir, ce être un dessinateur.

— Mais alors, vous n’avez rien fait pour la science !

— Ia, monsir, j’ai affre piblié un atlas des maladies des yeux.

Le blond fils de l’Allemagne, repoussé sur ce point, n’est pas homme à se tenir pour battu, et il est probable qu’il va frapper à la porte des hôpitaux ; mais, là encore, il va se trouver en face d’obstacles pour lui infranchissables. Il faut être docteur d’une Faculté française ; de plus, on doit passer par un chemin terriblement escarpé qui s’appelle : LE CONCOURS.


Les savants qui font la queue pour un fauteuil académique, peuvent être classés en plusieurs catégories.

Ici, j’ouvre une grande parenthèse pour examiner un peu la signification du mot SAVANT : D’après le dictionnaire, ce mot signifie qui a beaucoup de science ; je cherche le mot SCIENCE, et je trouve : connaissance d’une chose ; de sorte qu’un homme qui a des connaissances quelconques, même de mauvaises connaissances, peut se flatter d’être un savant. Ainsi, un cordonnier ambulant qui restaure une empeigne avec art, ou pose adroitement un béquet, a le droit de se dire un savant ; il peut même supprimer savetier, qui devrait se lier intimement à cette qualification. L’épicier qui connaît à fond l’art des falsifications et des sophistications, est un savant épicier, à moins qu’il ne s’intitule un savant chimiste. L’escamoteur, qui pulvérise votre montre dans un mortier et vous la rend ensuite parfaitement réglée, qui fait sortir de votre chapeau tout un parterre de fleurs, est un savant physicien. Ah ! mon Dieu, oui ! il faut que MM. Pouillet, Desprets et Gavarret en prennent leur parti, les Robert-Houdin sont maintenant des physiciens ; seulement, ils appellent leur physique amusante, pour la distinguer de l’autre qui, paraîtrait-il, est fort peu récréative. Il faut convenir cependant que ces savants-là ne manifestent, en général, aucune ambition académique.

Comme on le voit, le mot SAVANT est élastique dans ses applications. Je dois ajouter que, de plus, il ne jouit pas d’un sens absolu, et qu’en sa qualité d’adjectif, il tire toute sa valeur de la comparaison. Par exemple, si je compare M. Valenciennes avec un lourd Auvergnat arrivant de Saint-Flour, où il n’a jamais appris même à lire, évidemment M. Valenciennes sera un savant, même transcendant, et l’Auvergnat, un âne bâté, un crétin, propre uniquement à rétamer les casseroles et à raccommoder la faïence. Mais si je compare M. Valenciennes à Cuvier, il est évident que cette fois, c’est Cuvier qui sera le savant.