La première catégorie se compose de vrais savants, modestes ou non, intrigants ou non, ayant des titres sérieux, et qui, généralement, finissent par obtenir le fauteuil. Évidemment, les titres ne sont pas égaux, ni les chances non plus ; si le candidat enfourche l’intrigue, il arrive plus vite, car, malheureusement, le savant modeste qui persisterait à rester dans son coin serait bientôt oublié. En ce bas monde, un peu d’intrigue ne nuit pas, on peut même dire qu’un peu n’est pas toujours assez. Il faut avoir à un haut degré la conscience de sa force pour attacher son mouchoir à un fauteuil académique, comme on marque sa place au parterre d’un théâtre, et pour dire : un jour je m’assiérai là, je ne sais pas quand, mais enfin, c’est ma place ; il est possible que j’en sois séparé par l’épaisseur de trois ou quatre nullités ; j’attends mon heure avec confiance.
Quelquefois, l’heure qui sonne est celle de l’éternité, et le savant meurt sans être immortel.
VI
Les greffes animales. M. Maisonneuve.
Variole et Vaccine.
La question des greffes animales, c’est-à-dire la soudure d’une partie détachée d’un être vivant, transplantée sur une autre, a fourni à M. Bert le sujet d’une intéressante communication à l’Institut.
Les expériences de l’auteur ont été pratiquées sur des rats. Il est bien juste que ce rongeur, dont la vocation semble d’être exclusivement désagréable à l’humanité, contribue, dans les limites de ses moyens, aux progrès de la science.
La queue d’un rat coupée et dépouillée vers son extrémité divisée, dans une étendue de quelques centimètres, est introduite, au moyen d’une incision, sous la peau d’un autre rat. La soudure ne tarde pas à être si complète, et la continuité du tissu tellement parfaite, qu’une injection poussée post mortem, dans les gros vaisseaux du sujet de l’expérience, pénètre dans cette queue accessoire, devenue un appendice vivant.
Dans un cas, ce n’est que soixante-douze heures après la section, que la réunion a été tentée et avec succès. C’est pour moi le fait le plus important de ces expériences qui ont été variées dans les conditions les plus diverses ; il prouve que la queue d’un rat, séparée de son propriétaire, peut conserver pendant soixante-douze heures la vie à l’état latent. Car rien ne peut ranimer le foyer vital entièrement éteint dans une région de l’organisme, et la vie est nécessaire pour que la soudure s’opère entre les parties rapprochées.
Il y a quelques années, Brinon, ex-zouave, et ancien prosecteur du professeur Grat…, ayant beaucoup étudié, en Afrique, le rat au point de vue comestible et comme animal d’agrément, confectionna une nouvelle tribu de ces rongeurs en leur soudant, par le même procédé, quelques centimètres de la queue au bout du museau. Il baptisa du nom de rats à trompes du Sahara ces hybrides de la nature et de l’art. Un très-savant membre de la Société d’acclimatation, qui vit encore, en acheta une paire trois cents francs, avec la louable intention de propager en France cette intéressante espèce, comme si nous manquions de rongeurs !
Ces estimables acclimateurs ne reculent devant aucuns sacrifices pour doter nos régions d’animaux utiles. Tout leur fait espérer que, dans un avenir prochain, ils pourront acclimater parmi nous le requin et le serpent boa.