Le client du zouave choyait ses rats à trompe et les montrait avec un orgueil bien légitime à ses collègues humiliés.

Mais, hélas ! dès la première génération, il s’aperçut que ses pensionnaires avaient été victimes, et lui aussi, d’une opération… commerciale. Les petits n’avaient pas besoin de cornac ; ils étaient dépourvus de trompe. Le savant n’est pas encore consolé des cruelles plaisanteries que lui a attirées cette tromperie.

Les expériences de Bert se rattachent à ce grand fait physiologique : que lorsque la mort frappe un être, elle n’atteint pas du même coup toutes les parties de l’organisme. Certains organes donnent pendant quelque temps encore des signes spontanés et manifestes de vitalité.

En Angleterre, Clark, ayant ouvert la poitrine d’un pendu une heure et demie après la mort, constata que l’oreillette droite du cœur se contractait d’une manière rhythmique, quatre-vingts fois par minute ; puis progressivement les pulsations diminuèrent pour ne disparaître complétement qu’au bout de quatre heures quarante-cinq minutes. Chez le lapin, on a vu des phénomènes analogues se continuer jusqu’à la quinzième heure.

L’accouchement posthume peut survenir plusieurs heures après le décès de la mère. Enfin, dans ces dernières années, Ollier a démontré que le périoste pouvait conserver, pendant au moins vingt-quatre heures, ses propriétés vitales.

Les expériences d’Ollier ont un intérêt d’autant plus grand, qu’elles se rattachent à des faits extrêmement importants en chirurgie.

Le périoste est une membrane fibreuse, appliquée immédiatement sur les os, qu’elle enveloppe en leur fournissant leurs éléments d’accroissement et de nutrition. C’est cette membrane qu’on enlève si facilement par le raclage de la surface osseuse des viandes alimentaires. Lorsqu’une maladie ou un accident détruisent le périoste sur un point, la partie correspondante de l’os se nécrose et doit être éliminée.

Ollier emprunte un lambeau de périoste à un sujet mort depuis vingt-quatre heures, et le greffe dans les tissus d’un animal vivant. Si on sacrifie ce dernier au bout de quelques mois, on trouve un produit osseux qui a été sécrété par ce lambeau de périoste.

Les chirurgiens ont utilisé les propriétés vitales si énergiques de la membrane périostique : et c’est là le côté pratique et important de la question.

L’os meurt quand il est privé de son périoste, mais aussi le périoste conservé, sécrète un os nouveau à la place de celui que l’opération a fait disparaître.