AU LECTEUR DE L’AVENIR

O vous ! qui foulez insouciant les cendres de ma génération ; ô vous ! qui cherchez sur les rayons poudreux des bouquinistes, des souvenirs de vos ancêtres ! j’espère que vous trouverez là, dans quelque coin, un exemplaire de ces Causeries, échappé aux vicissitudes qui menacent son existence. Si vous avez dans les veines un peu de vieux sang gaulois, tendez-lui une main secourable. Pour vous en récompenser, le livre vous racontera les faits et gestes des savants d’une époque éloignée de vous. Que les initiales mystérieuses qui voilent quelques noms ne vous effrayent point. Après ma mort, je me propose de revenir la nuit, écrire ces noms sur les marges de l’exemplaire déposé à la Faculté. Si cette illustre demeure existe encore, allez donc visiter sa bibliothèque. Mes travaux sérieux auront peut-être subi le sort des choses qui changent : vérité aujourd’hui, erreur demain ; les livres graves supportent mal la vieillesse. Ce petit vieux bouquin pourra se lire encore, la gaieté française n’a jamais de rides.

PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION

Elle sera courte, cette préface, je n’aurai qu’un seul mot à dire au public : Merci !

LES
CAUSERIES
DU DOCTEUR

I

La rentrée de la Faculté de Médecine.
La physiologie expérimentale à un point de vue spécial.
L’oculiste d’Azor.

Huissiers, ouvrez les portes, les vacances sont finies, la science désire rentrer chez elle. Et les massiers fourbissent leurs masses, et les huissiers se passent au cou leur chaîne d’argent des cérémonies ; et les Facultés se réunissent pour recevoir dignement les nouveaux venus et les anciens qui ont déjà mordu à la grappe du savoir : un fruit qui ne mûrit que sous les caresses de plusieurs soleils. Et les Arméniens montent sur leurs chameaux, les Chinois sur leurs jonques, les Grecs sur leurs tartanes, les Américains sur leurs paquebots ; les autres nations civilisées prennent le chemin de fer, et tous se dirigent vers Paris, la capitale de la science.

Il est probable que vous n’avez jamais assisté à la rentrée de la Faculté de médecine. C’est un spectacle qui a sa grandeur.

Cinquante professeurs ou agrégés, avec leurs longues robes rouges et noires, dont la forme se retrouve dans les archives de la tradition, se rendent au grand amphithéâtre, le doyen en tête précédé du massier et des huissiers de la Faculté. Cette réunion établit un premier contact entre les maîtres et les élèves. C’est une fête de famille où on initie les futurs docteurs aux travaux de la Faculté ; où on leur expose les choses importantes qui se sont accomplies dans le cours de l’année qui est morte. Là, on récompense les vainqueurs des concours, et on fait l’éloge des maîtres qui ont quitté la vie pour sonder les ténèbres de l’éternité.