Vous connaissez probablement le rôle considérable que joue la lumière dans les phénomènes de la végétation des plantes ? l’ombre, l’obscurité arrêtent leur développement, et c’est d’un rayon de soleil que les fleurs tirent les splendides couleurs que vous admirez et les parfums qu’elles répandent dans l’atmosphère. La lumière est donc essentielle à la vie des plantes.

Cependant quelques-unes, qui représentent la classe indigente du règne végétal, échappent à cette nécessité et peuvent encore traîner une existence maladive et étiolée dans un milieu ténébreux ; mais alors point de fleurs, point de parfums ; leur vie obscure s’éteint sans postérité. Plus heureuses que l’homme, elles ne transmettent pas leurs souffrances et leurs misères à des descendants voués à une impitoyable destinée.

Parmi les plantes grimpantes qui font de leurs gracieuses spirales un rideau de verdure à la fenêtre de l’artisan et aux murailles des serres, il en est qui peuvent se développer dans l’obscurité.

M. Duchâtre a communiqué à l’Institut le résultat de ses expériences pour constater l’action de la lumière sur l’enroulement des plantes à tiges volubles. Il a surtout expérimenté sur l’igname de Chine, qui tire sa nourriture d’un tubercule, et peut végéter plusieurs mois dans les ténèbres.

Le savant botaniste a soumis ces plantes à des alternatives de lumière et d’obscurité complète dans une cave sans soupirail. Invariablement, les tiges exposées au jour se sont enroulées autour des tuteurs destinés à les soutenir ; invariablement aussi, elles ont poussé dans une direction droite et sans former de spirales quand elles ont subi l’influence de l’obscurité. On pouvait donc, sur une même plante reconnaître les parties qui se sont développées dans ces différents milieux.

Cette loi curieuse de la physiologie végétale ne s’applique pas à toutes les plantes volubles ; et il en est qui savent encore trouver dans les ténèbres un appui pour leur faiblesse.


En vous parlant l’autre jour des greffes animales, je vous signalais les propriétés de certains tissus vivants qui se soudent entre eux lorsqu’on les place artificiellement dans des conditions particulières. M. Philippeaux vient de communiquer à l’Institut des expériences d’un autre ordre et qui ont pour sujet la reproduction d’organes enlevés par le bistouri. C’est une application différente de l’activité plastique de la nature, et dont elle doit seule faire tous les frais.

Lorsqu’on examine les êtres qui appartiennent aux échelons inférieurs de la série animale, on note pour quelques-uns d’entre eux une facilité très-grande de reproduction organique quand on les mutile. Chez certains, comme les lombrics terrestres, plus connus sous le nom de vers de terre, non-seulement la portion enlevée se régénère, mais encore le tronçon devient un animal vivant, chez lequel se reproduisent les parties qui lui manquent pour être complet.

La structure de ces vers, qui semble fort simple, présente cependant une certaine complication, et la tête ou le tube intestinal qui doivent pousser, sont constitués par des appareils complexes. Car il n’est pas une fonction, chez un être même élémentaire, qui ne nécessite le concours d’éléments très-divers.