Les Naïades ont l’air candide, pourtant il ne faut pas trop s’y fier ; en présence du public, elles savent prendre la mine de filles de bonne maison, mais dans la coulisse, elles sont femmes à mettre le poing sur la hanche. J’assistais, il y a peu de temps, dans un petit coin, au dialogue de deux Naïades, l’une bi-carbonatée, l’autre hydro-sulfurée. Voici, entre autres compliments qu’elles échangeaient, ceux qui ont frappé mon oreille :
La Naïade bi-carbonatée. — Vous avez beau dire, les calculs se fondent comme de la neige aux rayons de mon soleil. L’année passée, j’avais un duc ; j’ai oublié son nom, car je reçois tant de ducs qu’il m’est impossible de me rappeler le nom de tous. Ce duc avait donc dans la vessie, je ne dirai pas un calcul, mais un pavé. Les litholabes, les lithoclastes, les lithotribes les plus célèbres y avaient laissé leurs dents. Heurteloup et Guillon y auraient perdu leur latin. Il aurait fallu, pour détruire ce calcul, non pas la pioche d’un maçon, mais la sape et la mine, comme dans les vulgaires carrières de moellons ; en quinze jours, plus rien : le calcul s’était fondu comme un simple morceau de sucre de canne, et j’ai eu toutes les peines du monde à en sauver un tout petit fragment, qui est devenu pour son propriétaire un charmant souvenir monté sur une bague. Aussi ne saurait-on contester que je ne sois la première Naïade du monde.
La Naïade hydro-sulfurée. — La première ! eh bien, et mes dartreux, croyez-vous qu’ils ne me fassent pas un joli rang dans la société ?
— Peuh ! qui est-ce qui n’a pas de dartres ? Je les guérirais bien aussi si je voulais. Croyez-vous que je me contente de l’exploitation des pierres ! Apprenez, ma chère, que je guéris à peu près tout ce qui est guérissable.
— Moi, j’en puis dire autant, et la dartre ne fait point seule bouillir ma marmite.
— Ah ! oui, vous avez vos tables de jeu.
— Impertinente ! il vous sied bien de parler avec votre clientèle demi-monde.
— Et vous, avec votre public de grecs qui font sauter la coupe !
— Et vous, avec vos eaux qui fondent les calculs comme du sucre de canne ! Ah ! ah ! ah ! on les connaît, ma chère, vos calculs !
— Et vos faux dartreux qui viennent faire tapisserie aux frais de l’établissement, pensez-vous qu’on ne les connaisse pas, depuis quinze ans que vous avez toujours les mêmes ?