Les deux principaux symptômes de la maladie sont en rapport avec l’évolution des hôtes incommodes qui la déterminent. Dans une première phase, qui correspond à leur migration à travers les tuniques de l’intestin, il survient une diarrhée intense. Dans la seconde phase, le malade est en proie à des douleurs parfois horribles ayant leur siége dans les muscles des membres et du tronc. Ces douleurs sont déterminées par la pénétration et le séjour des trichines au milieu des éléments musculaires.
On ne peut comparer la maladie trichinaire aux épidémies de choléra, de typhus, etc., qui envahissent progressivement de vastes contrées. Ici la cause matérielle et tangible est limitée dans son extension par sa nature, les foyers s’allument spontanément, mais ils s’éteignent aussitôt que la crainte a imposé aux amateurs du petit salé des précautions convenables.
La mortalité est également beaucoup moindre que dans les grandes épidémies que je viens de citer, mais la médecine n’a rien à revendiquer dans cet heureux résultat, car jusqu’à présent on ne connaît aucun moyen d’agir sur les trichines qui ont envahi l’organisme ; lorsque le malade guérit, c’est tout spontanément, et il n’en a d’obligation qu’à lui-même. Son terrain était impropre à la culture des trichines. Cependant la convalescence est toujours fort longue et très-pénible.
Quand il s’agit d’apprécier les résultats funestes d’une maladie développée dans un autre pays, et en dehors de notre observation, il faut se méfier des exagérations. Je ne mentionnerai donc pas les rumeurs vagues qui ont été répandues, mais je vous citerai des chiffres exacts, provenant de quatre des localités envahies par des trichines. Elles ont fourni un ensemble de 362 malades, sur lesquels on compte 58 morts, et 304 guérisons. Ce qui donne une proportion d’environ 1 mort sur 6.
N’oubliez pas pourtant que ces faits malheureux ne doivent faire vibrer chez vous que la corde philanthropique. Vous n’en devez concevoir aucune crainte égoïste. Vous assistez de votre fauteuil au triste spectacle d’un vaisseau battu par la tempête, mais vous êtes à l’abri des flots. Il est encore des frontières du côté de l’Allemagne. Il existe, du reste, un moyen de préservation bien simple, et sans imiter l’horreur des fils de Moïse pour l’ami de saint Antoine, il vous suffira de le faire cuire convenablement pour le mettre à l’abri du soupçon.
Ce procédé est plus simple que celui que recommande Schultz. Ce savant veut qu’on examine la viande de porc au microscope, pour voir si elle ne contient pas de trichines. C’est un bon moyen, seulement il augmenterait un peu le prix d’une saucisse, car un bon microscope coûte environ 1,000 francs.
A ne vous rien celer, je vois cependant poindre un nuage à l’horizon, la foire aux jambons est proche et l’Allemagne va expédier, comme à l’ordinaire, sur notre marché des montagnes de marchandises empruntées à la race porcine.
Est-il bien sûr que les blonds fils de l’Allemagne ne nous apporteront pas quelques trichines dans leurs produits ?
Il y a là une grosse question de salubrité publique, et si l’on me demandait mon avis, je consignerais les jambons allemands à la frontière comme on a consigné les bêtes à cornes de l’Angleterre.
J’ai d’autant moins de confiance dans les envois de l’Allemagne, qu’elle nous a déjà expédié ses oculistes qui jouent le rôle de trichines dans le corps médical.