Je crains même qu’il ne devienne un peu trop à la mode et qu’on en fasse un cheval à toute bride. Nonobstant, M. le docteur Lemaire vient de publier sur ce puissant désinfectant un volume ayant pour titre : De l’acide phénique, où se trouve indépendamment des travaux personnels de l’auteur, tout ce qui a été publié d’important sur ce sujet. C’est un bon livre, qui sera surtout utile aux gens qui ont quelque émanation désagréable à dissimuler.
Oh ! tyrannie de l’amitié ! moi qui voudrais pouvoir allonger les jours de cinq ou six heures, j’ai été forcé de lire les 745 pages de cette monographie d’un auteur que je ne connais pas, et cela parce que j’ai le malheur d’être l’ami de l’un de ses amis. Mais, au fond, je n’en suis pas absolument fâché. J’y ai trouvé des choses très-intéressantes.
L’échauffourée épizootique du Jardin d’acclimatation est entièrement éteinte ; on l’a arrêtée par le sacrifice de 43 bêtes malades représentant une valeur de 16 à 18,000 fr. Aucun cas nouveau ne s’est manifesté.
Ce résultat est magnifique si on le compare aux désastres causés en Angleterre par ce typhus, qui a déjà fait périr plus de 70,000 bêtes, représentant une valeur de 5 à 600 millions de francs. Ce sont deux gazelles importées de Londres, qui ont introduit chez nous le typhus, ce qui prouve que l’affection n’est nullement spéciale aux grands ruminants comme on le croyait. En outre, des pécaris en ont été atteints au jardin zoologique.
C’est à M. H. Bouley que la France doit son immunité. Envoyé par le gouvernement en Angleterre pour étudier le fléau, les mesures prohibitives qui nous ont préservés sont dues à son initiative, et si les Anglais avaient suivi ses conseils, ils ne subiraient pas les conséquences de cette terrible épizootie dont on ne peut prévoir le terme. Les distinctions dont le savant professeur vient d’être l’objet peuvent donc être considérées comme une récompense nationale.
M. H. Bouley est le plus brillant représentant de la médecine vétérinaire de notre pays, et l’un des orateurs les plus écoutés de l’Académie de médecine, dont il est membre. Il possède le rare talent d’assaisonner les choses ennuyeuses d’assez d’esprit pour les rendre agréables et de traiter sous une forme légère les sujets graves, sans leur rien faire perdre de leur importance. Ses discours présentent un singulier mélange de pensées élevées et d’idées familières ; il rompt parfois avec les traditions académiques pour donner à son argumentation la forme d’une causerie où le mot trivial éclate sans choquer personne. Intelligence vigoureuse dans un corps robuste, M. H. Bouley ressemble plus à un officier de cavalerie qu’à un paisible professeur ; la tête haute, l’œil hardi, sa figure ouverte et sympathique, exprime la bonhomie additionnée de beaucoup d’esprit gaulois.
Dans une de mes causeries, j’ai commis un oubli, mea culpa ! en parlant des naïades minérales, je n’ai point mentionné les eaux… de la Salette. J’en suis bien puni ; mes nuits sont troublées par le lugubre cortége des infortunés qui sont morts sur le bord de la source en attendant la santé. Il y en a tant, que la procession n’en finit pas, et cette nuit, le dernier, avant de fermer la porte d’ivoire des songes, m’a dit, comme au bas d’un feuilleton : la suite à demain. Cette naïade est par trop funèbre, je m’empresse de régler mon compte avec elle pour m’en débarrasser.
Connaissez-vous l’eau de la Salette ?