M. Bou… a pendu l’habit de Vauquelin dans un placard secret de son laboratoire, et lorsqu’il se sent près de trébucher contre un des grands problèmes de la chimie transcendante, il endosse la relique sacrée, et, sous l’inspiration du génie qui l’habita jadis, il se joue des difficultés les plus inextricables ; s’il n’a pas encore découvert la pierre philosophale, c’est uniquement pour ne pas humilier la Californie.

Cette bonne action porte avec elle sa récompense. Notre chimiste sera certainement un jour membre de l’Institut, car c’est à peu près la seule place scientifique qu’il lui reste à envier, et le culte des vieux souvenirs lui aura fait économiser cent écus de broderies.

XIII

Les sangsues cholériques.
Hauteur des vagues de la mer. — La commission d’ethnologie.
Un chien oviglotte. — Les hernies du grand monde.
Un homme qui n’a pas d’opinion.
L’acide sulfurique.

Enfin vous connaissez la cause, jusqu’ici introuvable, du choléra. Le fléau s’est démasqué devant Madame de Castelnau. Ce qu’il avait refusé avec obstination aux investigations de la science, il l’a accordé à une dame, on n’est pas plus galant. Vous savez donc maintenant que le choléra est constitué par une nuée de sangsues volantes, microscopiques, nées dans les marais fangeux de l’Inde, et qui de là se répandent urbi et orbi.

Madame de Castelnau, l’auteur de cette grande découverte, en élève dans un aquarium et en tient à la disposition des Académies des sciences et de médecine, car elle a pris soin d’expédier le résultat de son observation à ces deux sociétés savantes, afin que nul n’en ignore.

Je n’aurais rien dit de cette absurde communication, œuvre d’un mystificateur ou d’un cerveau fêlé, si quelques journaux qui font de la science comme M. Jourdain faisait de la prose, tout naturellement et sans l’avoir apprise, ne lui avaient accordé une certaine importance.

Il faut être aussi complétement étranger aux études micrographiques qu’à l’histoire naturelle pour admettre la possibilité des sangsues volantes ; l’organisation des annélides leur interdit absolument l’annexion d’un appareil destiné au vol ; et attribuer une paire d’ailes à un microsaire est un barbarisme beaucoup plus énorme que de les attacher sur les valves d’une huître. Il existe en histoire naturelle des lois générales dont l’auteur ne se doute nullement.

Il lui était, du reste, extrêmement facile de joindre à sa communication quelques échantillons de sangsues volantes. Leur transport n’eût pas été ruineux, car, d’après les dimensions qu’on leur attribue, il serait facile d’en expédier quelques milliers entre deux timbres-poste.

Je n’ai pas fouillé les archives de la noblesse, et j’ignore s’il existe beaucoup de comtes de Castelnau, mais j’en connais au moins un, qui était un des plus brillants écrivains de la presse scientifique avant de se retirer sous sa tente, et je suis bien certain que le nom qui est en bas de cette communication n’appartient pas à sa famille.