Si même on en limite la recherche aux temps historiques, aux époques où la tradition et l’histoire commencent à fournir leurs documents, on ne rencontre que le doute et l’incertitude. Les savants les plus compétents ont longuement discuté sur l’origine des Celtes, qui occupaient notre sol avant l’invasion romaine, et jusqu’ici, ils n’ont pu se mettre d’accord. Les Celtes, les Gaëls, les Kimris et les Gaulois forment une ronde infernale autour de la salle du conseil, et on n’a pas encore déterminé si ces quatre représentants du passé appartiennent à des races différentes, ou à un même peuple, si leur type avait les cheveux bruns, les yeux noirs et la taille petite, ou s’il avait, au contraire, la taille élevée, les cheveux blonds et les yeux bleus. Ce qui constitue en anthropologie des différences fondamentales.

Quant à la race pré-celtique, c’est-à-dire qui a occupé notre sol avant l’arrivée des Celtes, elle se perd dans des brouillards insondables.

Jugez maintenant de l’immensité de la tâche réservée à la commission, si elle doit étendre ses recherches à tous les peuples du globe, dont le passé est encore plus embrouillé que le nôtre.

Je dois dire cependant que, si la tâche est immense, MM. de Quatrefages, Pruner-Bey et Lartet sont assez robustes pour en tirer tout le parti possible. Je crois cependant qu’on aurait pu leur adjoindre très-utilement le docteur Lagneau fils, qui a publié sur l’ethnologie de la France des mémoires très-remarquables.

M. Lartet est un antiquaire dans la plus large acception du mot. Il ne s’amuse pas à collectionner des assiettes fêlées ou des bahuts mangés aux vers, dont l’extrait de naissance remonte à peine à deux ou trois siècles. L’objet de ses recherches a quelque vingt mille ans d’existence, et si son musée ne renferme ni meubles de Boulle, ni vieux Sèvres pâte tendre, il contient des haches et des couteaux en silex, qui sont les premiers vestiges de l’industrie humaine, et qui remontent à l’époque où l’usage du fer et des métaux était inconnu sur la terre.

J’ai dit vingt mille ans, ce n’est, comme vous pourriez le croire, qu’un lapsus de ma plume, cette date s’accorde assez mal, je le sais, avec l’âge du monde inscrit en tête de vos calendriers, qui ne prêtent que cinquante siècles d’existence à notre planète. Fouillez sa vieille enveloppe avec la pioche d’un érudit et vous comprendrez que des milliers de siècles se sont écoulés entre le moment où la terre est devenue habitable et la découverte de la vapeur.

Je ne sais pas d’étude plus attachante que celle des premiers vestiges de l’homme, des premiers rudiments de son industrie. Un jour que les nouvelles scientifiques feront grève, nous causerons des travaux admirables qui sont dus, sur ce point, à la science moderne. Vous verrez par quelles suites d’observations et d’inductions on est arrivé à établir l’antiquité de l’homme, à le retrouver à l’état fossile.


C’est un fait accompli ! Lorsque, désormais, il vous prendra fantaisie de vous faire transfuser, vous aurez le choix entre le sang des mammifères et le sang des oiseaux, car, décidément, les globules elliptiques des ovipares ne sont point pour les mammifères un violent poison, comme des physiologistes malintentionnés à l’endroit des volatiles en avaient fait courir le bruit : M. Brown-Séquard, le célèbre physiologiste, l’a démontré expérimentalement une fois de plus au Cercle des sciences.

Un chien a été rendu exsangue au moyen d’une section de la carotide, puis il a été rappelé à la vie par la transfusion du sang d’un coq, — d’un canard, — d’un perroquet — et d’un pigeon, mélangés ensemble pour les besoins de la cause.