Cette expérience tenait tous les esprits suspendus sous son charme ; chacun se communiquait ses impressions ; l’un parlait de se faire transfuser au sang de corbeau (qui a la réputation de vivre longtemps) ; un autre, professeur particulier, choisissait le sang du perroquet ; d’autres préféraient le merle blanc qui, vu sa rareté, devait être plus distingué et de meilleur ton ; enfin, chacun faisait ses réflexions. Le chien était pensif et semblait en faire de profondément désagréables.
Notre savant ami appelait l’attention du Cercle sur les idées physiologiques qui se rattachent à cette expérience, lorsque le chien sembla vouloir prendre la parole. Peut-être avait-il l’intention de rectifier quelque assertion de M. Brown-Séquard au sujet des sensations qu’il venait d’éprouver, peut-être se proposait-il, mettant de côté toute prétention scientifique, de remercier simplement l’assemblée de la bienveillante curiosité qu’on lui témoignait. Quoi qu’il en soit, il fait un signe, nous prêtons tous l’oreille, le chien hésite, on attribue son hésitation à l’émotion bien légitime d’un débutant qui fait son premier discours par devant une société savante. — Ce n’était pas ça. Tout à coup, sous l’influence de la transfusion, éclate un phénomène physiologique d’autant plus inouï, d’autant plus surprenant, qu’il ne s’était pas reproduit depuis la construction de la tour de Babel. Au lieu des émissions vocales qui forment le langage des chiens, l’animal scientifisé se mit à pousser des kokorico, kokorico ; — koûân, koûân, koûân ; — as-tu déjeuné, Jacot ; — kou kou roûûûe, kou kou roûûûe.
L’infortuné quadrupède avait oublié sa langue maternelle, il avait le langage ovipare, de sorte qu’il nous a été impossible de comprendre son speech.
Ces expériences sont du plus haut intérêt pour les gens qui se privent d’une basse-cour uniquement faute de place. Maintenant, avec un chien bien transfusé, on peut se faire un orchestre animal très-complet et très-portatif.
J’oserai émettre un vœu, s’il était possible d’employer pour la transfusion le sang des insectes parasites, j’en serais heureux, car enfin les puces ne se gênent point pour nous emprunter notre sang ; je ne vois pas pourquoi on se ferait scrupule de le leur reprendre ; de plus, un homme transfusible ou transfusable pourrait tenir à ses poules, mais je suis certain qu’il ne tiendrait nullement à ses puces et qu’il les sacrifierait sans remords pour sauver sa propre existence.
Il est possible que l’ingénieux physiologiste échoue dans la recherche que nous proposons de faire, mais il n’en sera pas moins pour cela un des hommes les plus distingués de notre époque scientifique, et l’Institut, en lui décernant un prix de physiologie ne lui a rendu qu’une justice un peu tardive.
J’ai parlé d’un bandagiste qui reproduisait un certificat écrit la veille par un médecin mort depuis huit ans. Le bandagiste a été fort mal satisfait de l’article qui lui a fait, dit-il, beaucoup de tort dans le grand monde, car c’est là qu’il y a le plus de hernieux. Je prie le grand monde de croire que cette expression saugrenue ne m’appartient nullement ; j’en laisse toute la responsabilité au bandagiste qui en est le père.
Espérant, bien entendu, que Figaro, furieux, lui ferait des réclames par éreintement, le brave homme en a été pour ses frais d’avocat et de procédure de première instance et d’appel.
Au risque d’un nouveau procès, je demanderai au bandagiste pourquoi il annonce que ses bandages ont des pelotes anatomiques. Anatomie vient de ανα, à travers et de τεμνω, je coupe. Voudrait-il dire par là que ses bandages coupent les malades en travers ? Dans ce cas, il est vraiment bien honnête de sa part d’en prévenir les gens. Veut-il faire comprendre que ses bandages doivent être expressément réservés pour l’usage des anatomistes ou même des anatomisés ?