— Vos germes ne proviennent pas des décoctions, dirent alors les panspermistes, mais ils sont apportés par l’air atmosphérique, qui les tient en suspension.

Cette objection était assez fondée, car les poussières de l’air, qui deviennent si apparentes lorsqu’un rayon de soleil traverse une pièce un peu sombre, contiennent un monde de débris organiques et inorganiques : des parcelles de substances filamenteuses, laine, coton, soie, lin ; des grains de diverses fécules ; des molécules de suie ; des fragments de toutes sortes d’insectes, des spores de végétaux microscopiques, des œufs d’une multitude d’infusoires, etc.

J’arrête ici ma nomenclature pour ne pas vous dégoûter de l’air que vous respirez, car si vous demandiez au microscope la révélation des immondices qui traversent vos bronches, vous seriez capables de vous soustraire par l’asphyxie au contact de ces impuretés.

La neige elle-même, dont on a tant vanté la blancheur immaculée, n’est point exempte de ces souillures : les flocons en traversant l’atmosphère logent dans leurs interstices les débris que je viens d’énumérer.

Vous connaissez donc maintenant la constitution des nuages de poussière qui se condensent en se déposant sur les meubles.

Il était assez naturel de croire que l’air en contact avec des liquides d’expérimentation déposait à leur surface quelques germes. Ceux-ci, une fois éclos, ne tardaient pas, en raison de la rapidité de leur reproduction, à donner naissance à des myriades d’individus de la même espèce.

— Et la preuve qu’il en est ainsi, dirent les panspermistes, c’est que si nous chassons, au moyen de l’ébullition, tout l’air que contiennent nos matras ; si dans cet état de vide aérien nous les soudons à la lampe, aucun organisme ne se développe.

— Arrêtez ! vous vous placez dans des conditions anormales ; pour que les générations spontanées se manifestent, il faut non-seulement un liquide complexe, mais encore le contact de l’air, nécessaire au développement de tous les êtres.

— Fort bien ! nous irons donc chercher de l’air sur les hauteurs, là où les poussières organiques n’existent plus.

Et M. Pasteur transporta, comme Moïse, son laboratoire sur le sommet de la montagne. Seulement son Sinaï était le Montanvert. Il remplit ses matras (dans lesquels il avait fait le vide), avec de l’air exempt de poussière. Le liquide ne donna naissance à aucun infusoire.