— Attendez, dit M. Pouchet, je veux aussi affronter les pics arides, et, à mon retour, je vous dirai si mes matras recèlent ou non la vie dans leurs flancs.

Le savant professeur escalada les Pyrénées et se hissa jusqu’aux glaciers de la Maladetta, en compagnie de MM. Jolly et Musset. Il fit sa prise d’air à mille pieds au-dessus de l’altitude choisie par son adversaire, c’est-à-dire en un point où les poussières aériennes étaient encore moins à redouter, et cependant ses matras devinrent le siége de générations spontanées.

Ce résultat infirmait celui obtenu par M. Pasteur. L’Institut nomma une commission pour juger de quel côté étaient les résultats exacts. MM. Pouchet, Jolly et Musset ne crurent pas devoir accepter le programme posé, et se retirèrent du débat. La commission opéra donc en leur absence, et donna raison aux expériences de M. Pasteur.

Parmi les faits présentés par ce savant, il en est un très-remarquable, et qui semble avoir une grande valeur. Il opère sur un liquide fermencestible dans un matras à col extrêmement étroit et plusieurs fois recourbé. L’air normal chassé de l’appareil, par l’ébullition, y rentre lentement pendant son refroidissement. Mais les poussières et les germes qu’il tient en suspension sont arrêtés par les sinuosités du tube, sur les parois duquel ils se déposent, et le liquide reste infécond.

Au moyen de cette disposition, la communication avec l’atmosphère est continue et ne subit aucune interruption, car, sous l’influence des changements de température, l’air contenu dans le matras se dilate, se contracte et se renouvelle ainsi peu à peu. Lorsqu’on soumet à l’analyse les poussières contenues dans le col, on y trouve des germes, qui, introduits dans le liquide, ne tardent pas à se développer.

Il est vrai que ces résultats ne sont pas absolument constants, mais leur fréquence est un argument très-sérieux en faveur de l’opinion qui consiste à admettre que le développement des organismes est dû aux germes transportés par l’air.

C’est contre cette expérience que M. V. Meunier a lancé sa dernière philippique ; en substituant plusieurs cols sinueux au col unique de M. Pasteur, il a vu ses matras envahis par les infusoires.

Tel est l’état de la question. Mes sympathies sont pour les hétérogénistes, leur philosophie est la mienne, et je crois que la nature créatrice n’a déposé sa démission entre les mains de personne ; cependant jusqu’ici j’avoue que les faits sont un peu plus favorables à M. Pasteur qu’à M. Pouchet.


Les naturalistes semblent agités de cette ardeur fiévreuse de découvertes qui prélude aux grandes époques scientifiques ; leurs travaux, plus nombreux que ceux d’Hercule, s’élancent complets de leurs cerveaux féconds, comme jadis Minerve sortit de celui de Jupiter ; ou comme les diables à ressorts s’élancent de leur boîte au nez des passants.