C… avait entouré ses amours d’un manteau couleur de muraille, et il repoussait avec force les allusions dénuées de preuves que ses collègues se permettaient sur ce sujet.

Lorsque l’accident survint, on commenta l’intérêt que notre héros semblait prendre à ce fruit d’une union discrète. Mais C… repoussait, avec toute l’énergie d’un interne en colère, l’interprétation dont il était victime. Il prétendait jouer envers cet embryon, non pas le rôle d’un père, mais celui d’un simple bienfaiteur.

Hélas ! pendant qu’il cherchait l’alcool conservateur qui devait assurer une existence indéfinie à cet enfant de l’amour et du hasard, Seringua, le chat de la pharmacie, sauta sournoisement sur la table du laboratoire. Un chat d’hôpital mange de tout ; il vit le fils de C… déposé près du bocal qui devait être son mausolée, il s’en saisit et opéra une retraite aussi rapide qu’imprévue.

A ce spectacle horrible, C… sentit vibrer dans son cœur toutes les cordes de la paternité ; il oublie que sa devise fut : Amour et mystère ! il pousse un cri de désespoir et s’élance à la poursuite de Seringua en s’écriant :

— Arrêtez !… arrêtez !… arrêtez le chat qui emporte mon fils !…

L’histoire raconte qu’à Florence, en pareil cas, une mère put arracher son enfant à la gueule d un lion ; C… fut moins heureux, il arriva trop tard… Seringua avait terminé son horrible festin… Feu le jeune C… était consommé. Pour conserver un souvenir de sa paternité éphémère, l’interne infortuné fut contraint d’enfermer dans un bocal l’infâme Seringua qui avait servi de tombeau à son fils.

XVI

L’homme n’est-il qu’un singe ?
La peine de mort. — Le pharmacien drogueur.
Le docteur Hénoque.

L’homme primitif n’était-il qu’un sous-officier d’avenir, dans l’armée des singes, ou faut-il admettre qu’il a toujours eu un compte courant spécial sur le grand-livre de la nature ?

Cette supposition vous semble peut-être impertinente en raison de la haute opinion que l’homme moderne professe pour ses mérites. Il se croit fabriqué d’une autre pâte que le reste des bêtes, et il semble ignorer que les éléments anatomiques, dont le groupement constitue son être, sont identiques chez le plus idiot des quadrupèdes et chez le plus illustre des humains.