Quand il s’agit d’un scélérat frappé par la justice, l’émotion est complète : on pétitionnerait volontiers pour lui fournir du chloroforme.
C’est donc plutôt la mise en scène de la mort que la mort elle-même qui fait gémir la fibre sensible.
Pour adoucir les regrets des âmes tendres, je puis les rassurer sur la durée de la souffrance des suppliciés. A défaut des renseignements personnels que je ne suis pas en mesure de fournir, je m’appuierai sur des lois physiologiques qui ont la valeur d’une certitude.
Il est absolument nécessaire, pour que le cerveau reçoive l’impression douleur, qu’il soit animé d’une quantité de sang suffisante. Or, après la section de la tête, ce liquide s’écoule immédiatement par tous les vaisseaux béants. En quelques secondes, une minute au plus, la circulation cérébrale est anéantie et le cerveau meurt par syncope.
La douleur dure donc une minute, en admettant que la commotion ne l’ait pas supprimée entièrement.
En 1851, j’assistais le professeur Gerdy dans une double amputation de cuisse chez un blessé par arme à feu, qui avait perdu beaucoup de sang avant l’opération. — Cet homme est exsangue, nous disait le professeur ; si vous ne le maintenez pas dans une position rigoureusement horizontale, il perdra de suite connaissance, car la masse de sang qui lui reste est insuffisante pour animer le cerveau.
En effet, lorsque nous soulevions le haut du corps du blessé, qui avait toute sa présence d’esprit, il était pris immédiatement de syncope, sa phrase restait inachevée. Quand on le recouchait sur la table d’opération, la vie revenait de suite, et il répondait avec beaucoup de précision aux questions qui lui étaient adressées.
Le fait si souvent cité et relatif à Charlotte Corday, dont la face rougit d’indignation sous le soufflet du bourreau, est un conte, et ceux qui l’ont imaginé ignoraient que la rougeur de la face causée par une émotion se trouve sous la dépendance de l’action des nerfs vasculomoteurs, qui sont détruits par la section du cou. Le phénomène est donc physiologiquement impossible, même en admettant l’arrêt de l’hémorrhagie.
Les mouvements qu’on observe sur la face des suppliciés ne sont nullement des manifestations de sensations perçues. Ils sont dus à des actions réflexes absolument indépendantes de la volonté du sujet. Et on peut les faire naître artificiellement pendant un certain temps après la mort.
J’ose espérer que cet éclaircissement ne fera pas naître en vous le désir de tenter l’aventure, car il lui reste encore assez de vilains côtés pour vous en dégoûter.