[91] Le second degré s’appelle Kounoumy miry petit Garsonnet. p. 79.
Dans cette énumération des divers degrés de l’enfance nous retrouvons encore l’exactitude du P. Yves ; mais il a confondu la lettre N avec la lettre R ; le mot enfant s’écrit dans les glossaires brésiliens : Curumîm. (Voy. Gonçalvez Dias, Diccionario da lingua Tupy. Leipzig, 1858, in-12.)
[92] Elles sont donnees en mariage, et alors elles portent le nom de Kougnanmoucou-poire. p. 88.
M. Gonçalvez Dias désigne sous le nom de Cunhã mucú la jeune vierge. (Voy. Diccionario.)
[93] Il se couche pour faire la Gésine au lieu de sa femme. p. 89.
Cet usage étrange dont parlent tous les vieux voyageurs du XVIe siècle, ne s’était pas, comme on voit, encore modifié. On ne le retrouve pas seulement chez les Caraïbes des îles, il est en vigueur chez plusieurs peuples de l’Europe et notamment chez les Basques, on le désignait jadis sous le nom de la Couvade. Les mélanges historiques publiés à Orange en 1675, contiennent d’intéressantes recherches à ce sujet : « C’estoit, y est-il dit, une assez plaisante coutume que celle qui s’observoit dans le Bearn. Lorsque une femme estoit accouchée, elle se levoit et son mary se mettoit au lit, faisant la commère. Je crois que les Bearnais avoyent tiré cette coutume des Espagnols, de qui Strabon dit la même chose au 3e livre de sa géographie. La même coutume se pratiquait chez les Tibaréniens, au rapport de Nimphodore, dans l’excellent scholiaste d’Apollonius le Rhodien, liv. 2 et chez les Tartares suivant le témoignage de Marc Paul au chapitre 41 du 2e livre. » Cette conduite si bizarre qu’on ne saurait expliquer lorsqu’on n’est point descendu assez profondément dans les replis cachés du caractère indien, était religieusement suivie par les guerriers Tupinambas les plus forts et les plus renommés ; elle fait sourire l’homme civilisé, qui en cherche naturellement l’origine. Elle devient touchante, pour ainsi dire, si l’on fait attention qu’elle est toujours accompagnée des plus cruelles privations. Non-seulement l’Indien qui vient d’être père et qui se condamne volontairement à ce repos ridicule, ne mange pas, mais il s’impose encore d’autres supplices ; le tout, dans le but d’éviter au petit être qui vient de naître certains maux qu’il redoute pour lui. Par suite de son ignorance, et de ses idées superstitieuses, il s’attribue sur l’enfant une influence physiologique illusoire et il brave stoïquement de grandes souffrances pour en épargner quelques-unes au nouveau-né. L’homme policé des villes médiocrement éclairé parfois, se garde bien d’interroger les idées pleines de dévouement, mobiles du Sauvage ; avant de juger sa conduite il rit de pitié. La compagne de l’Indien, cependant partage son étrange superstition, et elle approuve son mari. Elle se résigne même sans murmure à de vraies douleurs et à un nouveau travail parfois tres-rude puisque tout le poids du ménage retombe forcément sur elle. Dans la pensée de cette pauvre créature le salut du nouveau-né est attaché à la conduite stoïque que tient son mari. Nous ne saurons jamais quel était le mobile qui conduisait les anciens lorsqu’ils s’abandonnaient à ce repos bizarre, il ne différait point probablement de celui qu’on accorde aux Américains. Carli dont l’ingénieuse érudition explique tant de choses de l’antiquité américaine n’essaye même pas de chercher un motif à ce qu’il trouve si burlesque. Il se trompe certainement lorsqu’il affirme qu’on apportait des aliments abondants à ces solitaires. (Voy. Lettres Américaines. Boston et Paris, 1788, T. 1, p. 114.) Il est bon toutefois de lire avec précaution la version française de ce curieux passage ; le traducteur français le Febvre de Villebrune n’a pas su rendre aux expressions italianisées par l’auteur leur valeur réelle. Antoine Biet est plus juste à l’égard des Indiens et il se montre bien moins enclin que ses prédécesseurs à la raillerie, lorsqu’il décrit la Couvade chez les Galibis. Il l’avoue, le pauvre Indien « Jeusne étroitement pendant six semaines ne mangeant que fort peu, d’où vient que quand sa couche est faite, il se leve maigre, comme une squelette (sic). » Le même voyageur nous fait voir son patient Galibi, ne quittant pas le Carbet et n’osant pas même lever les yeux sur ceux qui l’environnent. (Voyage de la France équinoxiale, liv. III, p. 390)
En décrivant les coutumes de certains Caraïbes, l’auteur de l’histoire morale des Antilles ne pouvait oublier la Couvade. Rochefort en raconte les circonstances et il spécifie son analogie avec une cérémonie à peu près identique dont il avait été témoin dans une province de France. Ce repos forcé de l’Indien, lui paraît souverainement absurde, mais il ne dénie pas au pauvre patient le mérite du jeûne, il avoue qu’on ne lui donne rien de toute la journée, qu’un petit morceau de Cassave et un peu d’eau. (Voy. L’histoire morale, p. 494.) Nous ne pousserons pas plus loin ces citations, il suffira de dire qu’en ce qui touche les peuples du Brésil, les Tupiniquins, les Tupinacs, les Tabajares, les Petiguaras et bien d’autres tribus imitaient les Tupis. Cette nomenclature n’ajoute rien d’ailleurs au fait en lui-même. Ce qu’il importait ici de faire ressortir c’était l’amour paternel de l’Indien. On restitue ainsi à la plus bizarre des coutumes l’origine réelle qu’elle doit avoir.
[94] Grand-peres qu’ils appellent Tamoins. p. 91.
Tamoi veut dire grand-père dans la langue des Tupinambas ; il y a ici altération du mot produite par une différence dans la prononciation. On lit dans le Tesoro de la lingua Guarani base de la lexicographie brésilienne Tamôî, abuelo, Cheramôî, mi abuelo, Cherúramôîruba, mi bisabuelo, Cherúramôî, el abuelo de mi padre, etc. Les Tamoyos avaient donc par leur origine une réelle prééminence sur les autres tribus appartenant à la même race. Vers le milieu du XVIe siècle ils habitaient les alentours de Nicteroy, ou si on l’aime mieux les environs de Rio de Janeiro. Alliés fidèles des Français, ils furent chassés de ce beau territoire par Salema, et les débris de leurs tribus descendirent vers les régions du nord, où ils retrouveront leurs anciens amis, qui s’étaient réfugiés surtout dans les campagnes du Maranham.
[95] J’ay mis cy-dessoubs la forme et maniere ordinaire de leur pour parler qui est tel. p. 96.