Ce nom de chef n’a rien d’extraordinaire, mais il faut écrire Ibira Pitanga pour plus d’exactitude. (Voy. Ruiz de Montoya.) Lery écrit Araboutan, Thevet Oraboutan. Ce bois célèbre disparaît chaque jour davantage des grandes forêts où l’allaient chercher nos ancêtres.

[87] Chacun l’environnoit pour l’escouter quand il alloit au Carbet. p. 55.

C’est un Tabajara qui parle, mais nous ferons observer que le mot Carbet n’appartient pas à la lingoa geral. Le P. Ruiz de Montoya ne l’a pas inséré dans son précieux Tesoro de la lingua Guarani. Il est plus particulièrement en usage parmi les Galibis et d’autres peuples de la Guyane. Le voisinage de notre colonie se fait sentir dans le récit du P. Yves, rien que par cette expression. Il faut faire une certaine différence entre les Carbets et les Ocas ou Tabas, qui constituaient l’architecture rudimentaire des autres peuples du Brésil. Ecoutons à ce sujet le P. du Tertre : « Au milieu de toutes ces cases, ils en font une grande commune qu’ils appellent Carbet, laquelle a toujours 60 ou 80 pieds de longueur et est composée de grandes fourches hautes de 18 ou 20 pieds, plantés en terre. Ils posent sur ces fourches un latanier ou un autre arbre fort droit qui sert de faist, sur lequel ils ajustent des chevrons qui viennent toucher la terre, et les couvrent de roseaux ou de fuëilles de latanier, de sorte qu’il fait fort obscur dans ces Carbets, car il n’y entre aucune clarté que par la porte, qui est si basse qu’on ne sauroit y entrer sans se courber. »

Les détails que nous venons de donner ici sont empruntés à un ouvrage qui date de l’année 1643, et ils se rapportent plus spécialement à l’architecture rustique des Caraïbes insulaires. Nous avons choisi cet exemple à peu près contemporain du livre publié par notre auteur, parce qu’il n’y avait pas en réalité de notables différences entre les Carbets des îles et ceux du continent. Si l’on faisait une histoire de ces cases de feuillage si promptement élevées, on pourrait en constater néanmoins certaines variétés, selon les usages auxquels on les destinait. (Voy. à ce sujet, le voyage pittoresque au Brésil de Debret, puis les gravures du livre d’André Thevet, publ. en 1558.) Il y avait les petits et les grands Carbets, ceux où les Piayes faisaient leurs jongleries, et ceux où se tenaient les grands conseils. Ces derniers affectaient la forme d’un de nos vastes hangars, et pouvaient contenir jusqu’à 150 ou 200 guerriers. Au XVIIe siècle, dans le langage de nos colonies, parmi les îles ou sur le continent, tenir un conseil quelconque, c’était Carbeter ; le terme était consacré et se trouve dans tous les voyageurs. (Voy. entre autres Biet, Voyage de la France équinoxiale. Paris, 1654, in-4.)

[88] Il alla de ce pas au fort, accompagné d’un des principaux truchemens de la compagnie nommé Migan. p. 60.

David Migan était Dieppois et comme tant de Normands de la fin du XVIe siècle, il était venu chercher fortune parmi les sauvages du Brésil. Les chefs de l’expédition le trouvèrent établi depuis nombre d’années à Jupanaran, sur l’île de Maranham. C’était dans l’étendue du mot, un truchement de la Normandie et dieu sait de quelle réputation jouissaient ces interprètes, dans ce qu’on appelait alors le monde civilisé. On allait jusqu’à les assimiler aux sauvages, dont ils partageaient disait-on parfois les odieux festins. David Migan eut les honneurs du Mercure français. (Voy. T. 3, p. 164.) Il revint en France avec Rasilly, auquel il était particulièrement attaché, lui seul était en état de bien traduire à la reine la longue harangue d’Itapoucou. Nous ferons remarquer en passant qu’il a apposé sa signature, dans la cession que la Ravardière faisait de ses droits à François de Rasilly. Cela indique sans aucun doute qu’il jouissait d’une considération exceptionnelle. Le nom de Migan toutefois nous paraît être un nom de guerre, ce mot en langue tupique, désigne l’épaisse bouillie que l’on faisait avec la farine de manioc. Malherbe qui se trouvait aux Tuileries lors de la présentation des Indiens fait remarquer l’habileté de cet homme. Il y avait un autre interprète nommé Sébastien, qui avait été attaché à la personne d’Yves d’Evreux.

[89] Un jour quelques uns me disoient qu’il falloit que nous fussions bien pauvres de bois en France et qu’eussions grand froid, puisque nous envoyons des navires de si loing à la mercy de tant de perilz querir du bois de leur pays. p. 70.

Il est infiniment curieux de trouver au Maranham en l’année 1612, un sauvage faisant absolument le même raisonnement au P. Yves, que celui auquel était obligé de répondre Jean de Lery en 1556 : « Que veut dire que vous autres Maïr et Peros (c’est-à-dire français et portugais) veniez quérir de si loin du bois pour vous chauffer ? N’en y a-t-il point en vostre pays ? » (Voy. Histoire d’un voyage en la terre du Brésil. Rouen, 1578, in-8.)

[90] Ils sont fort patiens en leurs miseres et famine jusques à manger de la terre. p. 76.

M. de Humboldt a décrit longuement la région des Otomaques et les amas considérables de terre, que font ces Indiens pour s’en nourrir, à l’époque où la chasse et la pêche leur font défaut. Selon le grand voyageur, cette terre séchée au soleil et formant des pyramides de boulettes rangées symétriquement, n’est si recherchée par les Sauvages, qu’en raison des particules animalisées qui la rendent nutritive. Le P. du Tertre prouve que les Indiens des îles étaient géophages comme ceux du continent, mais il suppose que c’était uniquement par une aberration du goût. « Tous mangent de la terre, aussi bien les mères que les enfants, dit-il, la cause d’un si grand déréglement d’apétit ne peut procéder à mon avis, que d’un excès de mélancolie. » (Hist. nat. des Antilles, habitées par les Français. T. 2. p. 375.) Non loin des régions que décrit le P. Yves, sur les bords du Rio Ucayale, on rencontre encore les indiens Pinacos, dont le véritable nom est Puynagas. Ces Indiens dédaignés par leurs compatriotes sont d’intrépides géophages. L’un des plus curieux opuscules qui aient été publiés sur cette matière, est celui de M. Moreau de Jonnès. Il est intitulé : Observations sur les Géophages des Antilles. Paris, An VI, il n’a pas plus de 11 pages.