Il semble au premier abord, que ce piaye si influent ait reçu un nom français ; il n’en est rien. Il y avait à la même époque un chef puissant nommé Pacquara-behu, le ventre d’un pac plein d’eau. Pacamont pourrait signifier le Paca pris au piége Pacamondé. Le nom du pays sur lequel il exerçait son influence signifie la région des plantes laiteuses : il s’écrit Cumá.
[160] Ce que Vatable interprete en cette sorte. p. 315.
Vatable ou Vateblé était un hébraïsant célèbre du XVIme siècle, restaurateur des études orientales en France ; il mourut en 1547. Ses notes sur l’ancien testament avaient été insérées dans la bible de Robert Etienne.
[161] J’espere à présent que j’escris cecy, que les Peres qui sont par delà, luy donnent de terribles alarmes et que son royaume va fort en decadence et s’approche de sa totale ruine : car avant que je quittasse l’Isle, je voyois et experimentois une disposition generale et universelle de la conversion de ces peuples. p. 318.
Cette phrase nous prouve que le P. Yves écrivit son ouvrage en Europe et qu’il avait connaissance de la mission dirigée par le P. Archange. Marcellino de Pise affirme, que 565 Indiens reçurent le baptême durant cette seconde expédition religieuse. (Voy. Annales historiarum ordinis minorum. Lugd., 1676, in-fol.) Le P. Archange, suivi de ses douze compagnons et porteur des magnifiques ornements brodés par la duchesse de Guise, devait, en effet, s’environner d’une tout autre pompe que les quatre généreux capucins, qui avaient commencé la mission. Grâce à des documents qui nous viennent de la marine, et que nous devons à l’obligeance de Mr. P. Margry, nous voyons par une lettre inédite du sieur de Beaulieu à Mr. de Razilly, que le P. Archange qui comprenait parfaitement la valeur de l’argent, abstraction faite du vœu de pauvreté, n’avait pas voulu s’embarquer tant qu’il y avait eu pour lui espérance de se procurer des subsides. Malgré les ressources dont put disposer son chef spirituel, l’histoire de cette seconde mission est encore à faire ; elle n’a même laissé aucune trace, et elle sera sans doute ignorée, tant que le livre de François de Bourdemare se dérobera à nos investigations. Nous savons seulement, que beaucoup plus favorisé qu’Yves d’Evreux, par ses supérieurs, il avait reçu, grâce à ses lettres d’Obédience, le droit d’admettre des novices dans son couvent. Il n’eut pas le temps de mettre à profit un tel privilége ; mais lors de son retour en Europe, on le récompensa de son zèle et dès l’année 1615, il était devenu gardien du grand couvent de la rue St. Honoré.
Tous ces faits omis naturellement par les historiens du Maranham sont constatés dans les éloges historiques, manuscrit de la bibliothèque impériale, il y aurait toutefois de l’injustice à oublier que le P. Marcellino de Pise les mentionne. Après avoir raconté comment le général des capucins Paul de Caesena, permit à Honoré de Paris, alors provincial, d’envoyer une seconde mission en Amérique ; il ajoute : « Ille nihil cunctatus, duodecim fratres ad hanc expeditionem, aptos elegit quorum animosa phalanx navem conscençâ secedens in indiam, a barbara illa natione jam capucinorum placidis moribus assueta per humaniter fuit excepta. » A l’entrée des Portugais, le P. Archange de Pembroke se retira avec les capucins français et fit place aux Franciscains, qui vinrent s’établir dans le monastère au nombre de vingt. Sous la direction de Fr. Christovam Severim, le couvent reçut dès-lors une institution nouvelle. Les bases en avaient été jetées en 1624, mais elles ne furent arrêtées définitivement que le 4 Août de l’année suivante.
Nous nous garderons bien de mettre sous les yeux du lecteur les péripéties fâcheuses par lesquelles passa le monastère durant deux cent vingt-cinq ans ; il suffira de dire qu’au début du siècle, il tombait à peu près en ruine. En 1860, le gardien actuel, qui n’avait plus sous sa direction que deux Franciscains, mais qui heureusement avait su se concilier la sympathie des habitants de San Luiz a fait un appel à la charité publique, pour qu’on réparât dignement un édifice, qui se lie si intimement aux souvenirs les plus intéressants du pays. L’ordre aujourd’hui est fort pauvre, mais il contraste, dit-on, par son dévouement avec bien des couvents opulents de la cité qui laissent tomber en ruine leur monastère. L’appel de Fr. Vicente de Jesus a été entendu. On a recueilli des sommes assez abondantes pour réparer ce qui avait subi l’injure du temps. Tout en conservant l’humble chapelle où vint prier Yves d’Evreux on élève de nouvelles constructions et l’église de Sancto Antonio sera la plus belle de cette riante cité.
[162] Il me demandoit qui estoient ces Karaïbes, je luy fis reponce que ces douzes estoient les douze Maratas du fils du Toupan. p. 337.
Il est infiniment curieux de voir ici, le père Yves d’Evreux, faire une sorte d’allusion à des croyances anciennes de ces peuples, que Thevet, ou peut-être le chevalier de Villegagnon avait recueillis dès l’année 1555, et auxquelles d’ailleurs nos voyageurs du XVIme siècle semblent rester étrangers dans le cours de leurs récits. Une note même concise nous entraînerait trop loin et nous nous voyons forcé de renvoyer le lecteur à un opuscule dans lequel nous avons rassemblé tout ce que nous avons pu trouver sur les idées mythologiques des Tamoyos et des Tupinambas. (Voy. sur les Maïrata, une fête brésilienne célébrée à Rouen en 1550 suivie d’un fragment du XVIme siècle roulant sur la Théogonie des anciens peuples du Brésil. Paris, Techener, 1850, gr. in-8.)
[163] Et choisissant Sainct Barthelemy je le luy montray disant Tien, voilà ce grand Marata qui est venu en ton pays, duquel vous racontez tant de merveilles que vos peres vous ont laissé par tradition. C’est luy qui fit inciser la Roche, l’autel les images et escritures qui y sont encore à present et que vous avez veu vous autres etc. p. 338.