[155] Si ces petits et mediocres Barbiers ont de l’autorité entre les leurs, beaucoup plus en ont ceux qui proprement sont appellez Pagy-Ouassou grands barbiers. p. 289.
Au temps d’Yves d’Evreux, les chirurgiens les plus habiles étaient encore désignés sous le nom de Barbiers ; quelques années avant lui l’illustre Ambroise Paré ne prenait pas d’autre titre. Comme les Piayes, Pagé, Pagy, Boyés ou Piaches, car on leur donne tous ces noms, se mêlaient de la cure des blessures ou des maladies ; le P. Yves, ainsi qu’on l’a vu dans tout le cours de l’ouvrage les assimile avec un certain dédain aux barbiers, mais on le sent, aux barbiers de village. Ce chapitre est certainement l’un des plus curieux du livre ; il doit être comparé soigneusement avec tout ce qui a été dit par Simon de Vasconcellos (Chronica da companhia de Jesus, in-fol.), et avec tous les mémoires qu’a publiés l’institut historique de Rio de Janeiro sur la religion primitive des indigènes ; les attributs de Geropary y sont définis clairement. La lacune d’une feuille est vivement à regretter. Il est évident qu’elle nous fait perdre de précieux documents sur les hommes rusés et habiles qui conservaient parmi eux les traditions.
[156] Ces vilains oyseaux nocturnes, beaucoup plus horribles et grands que ceux de pardeçà, viennent trouver les personnes couchees et dormantes en leur lict. p. 297.
Au temps où devait paraître cette relation, les chauves-souris étaient encore rangées dans la classe des oiseaux. Ce que dit ici notre voyageur, sur les Vampires, n’a rien d’exagéré. On peut consulter sur ce point Ch. Watterton (Excursion dans l’Amérique méridionale, p. 15 et 389). Ce savant naturaliste décrit avec un soin minutieux le genre de blessure que fait cette chauve-souris américaine sur les gens endormis. Il avait tué un Vampire, qui portait 32 pouces d’envergure. En général, ils sont beaucoup moins grands.
[157] Et là plantent de petites idoles faites de cire ou de bois en forme d’hommes. p. 302.
Parmi les vieux voyageurs du XVIIme siècle, Yves d’Evreux est comme nous l’avons fait remarquer, le seul qui signale chez les Tupinambas des rudiments de statuaire (bien imparfaite sans doute) appliqués à la mythologie de ces peuples. Il n’y a rien de semblable dans Thevet, Hans Staden et Lery, pas plus que dans Vasconcellos, Cardim, Soarez ou Jaboatam. Les Tupis étaient des peuples uniquement chasseurs, passant accidentellement à la vie agricole. Les seuls vestiges de sculpture que nous connaissions d’eux, sont appliqués à leurs Maconas, ou à leur Lyvera-pème, espèces d’armes pesantes, qu’ils se plaisaient à orner avec une sorte d’adresse. Ils étaient dans l’habitude de fixer un Maraca empenné de plumes brillantes à la proue de leurs canots de guerre si élancés et si élégants, il serait possible que la base de cet instrument eût été alors orné de sculptures, analogues à celles qu’on remarque chez les insulaires de la Polynésie. Il est probable qu’en multipliant leurs rapports avec les Européens, les Tupinambas ont puisé parmi nous certaines idées de sculpture rudimentaire, qu’ils ont appliquées à leurs grossières divinités. L’exact Barrère, qui écrivait, il est vrai, plus d’un siècle après Yves d’Evreux parle d’un Piaye ayant exécuté une statuette de ce génie du mal Anaanh, qui n’est autre chose que l’Anhanga de Nobrega et d’Anchieta, et dont la terrible mission sur la terre est si bien définie par Jean de Lery, qui l’appelle toujours Aignan. Qu’on lui donne aux îles ou sur le continent les noms d’Uracan, d’Hyorocan, de Gerupary, de Maboya, d’Amignao ; qu’on reconnaisse dans des génies secondaires, ses messagers (nous en nommerons un le malicieux chinay, qui fait maigrir les pauvres Indiens en suçant leur sang), Anhanga a été revêtu d’une face terrible du XVIIme au XVIIIme siècle. Ce type primitif de la sculpture religieuse des Tupis a été malheureusement taillé dans un bois très mou et n’a pu guère résister à l’action du temps ou à l’invasion des termites ; nous doutons qu’on puisse jamais s’en procurer un specimen remontant à deux siècles. Voici du reste le passage si curieux de Barrère, qui confirme le dire du P. Yves : « Les Indiens ont une autre sorte de piayerie assez singulière. Ils font une figure du diable, d’un bois fort mol et résonnant ; cette statue qui est grande de trois ou quatre pieds est affreuse par la longue queue et les longues griffes qu’ils lui font. Ils l’appellent Anaantanha, comme qui dirait image du diable ; car Tanha signifie figure et Anaan diable. Après avoir soufflé les malades, les Piayes portent cette figure hors du Carbet. Là, ils l’apostrophent et la frappent rudement à coups de bâton, comme pour obliger le diable à quitter malgré lui le malade. » (Voy. Nouvelle Relation de la France équinoxiale, contenant la description des côtes de la Guiane, de l’isle de Cayenne, le commerce de cette colonie, les divers changements arrivés dans ce pays etc. etc. Paris, 1743, gr. in-12.)
Dans un chapitre précédent Yves d’Evreux a déjà parlé d’une marionnette, à laquelle était adaptée une sorte de mécanisme et qui servait aux enchantements d’un Piaye. Nous ne saurions trop regretter qu’aucune de ces idoles ne soit entrée dans les collections ethnographiques dont on commençait à se préoccuper en ce temps. Peu d’années avant l’époque où La Ravardière explorait le fleuve des Amazones, Jean Mocquet, le garde des curiosités du roi, parcourait ses rives : c’eût été une rare bonne fortune, pour l’archéologie américaine, s’il eut pu se procurer quelques-unes des idoles semblables à celles dont parle le P. Yves.
[158] C’est donc la coustume des Pagys-Ouassous de celebrer en certain temps de l’annee des lustrations publiques. p. 306.
Il est infiniment probable, que les lustrations dont il est question ici étaient pratiquées en souvenir des cérémonies que les Tupinambas avaient vu faire aux chrétiens. Il pouvait en être de même, à l’égard de la prétendue confession auriculaire dont l’auteur parle un peu plus loin (p. 309). Les anciens voyageurs, Hans Staden, Lery et Thevet, ne disent rien qui aie trait à une pratique semblable.
[159] Pacamont, grand barbier de Comma. p. 306.