[27] Le P. Paschal d’Abbeville fut élu au couvent de la rue St. Honoré 19me provincial ; la division qu’il opéra en 1629, eut lieu probablement par suite du nombre croissant des religieux dans les trois couvents de Paris.
C’est un fait que l’on a trop complétement mis en oubli, que l’excitation toute littéraire qui se fit sentir en France à deux reprises diverses, lors de l’arrivée sur notre sol des Sauvages brésiliens qu’on vit à soixante ans de distance débarquer soit à Rouen, soit à Paris. Ces apparitions successives d’Indiens, qui sont d’ailleurs suivies toujours de relations remarquables, provoquent évidemment dans les esprits, un retour vers les beautés primitives de la nature, qui n’est ni sans charme, ni sans grandeur. Notre Montaigne ne lui échappe pas, et il le témoigne par quelques paroles pleines de grâce, à propos d’une chanson brésilienne. Les deux plus grands poëtes de ces temps-là, si divers et si rapprochés cependant, s’en émeuvent au point de consacrer une attention toute particulière à ces habitants des grandes forêts, mêlés fortuitement aux gens de la cour de France et dont ils se prennent à envier les joies paisibles et surtout l’insoucieuse existence. Ronsard ne veut pas que ces hommes qui lui rappellent ce que fut le monde à son origine, perdent rien de leur heureuse innocence, et il adjure même ceux qui les vont visiter de ne point échanger l’ignorance où ils vivent contre les soucis de la civilisation[28]. Malherbe en entretient longuement à son tour le docte Peiresc ; il en fait l’objet de plusieurs de ses lettres, c’est sur leurs traces, qu’il faut chercher la paix et la joie. Leurs danses ont inspiré les raffinés de la cour, et l’un des plus habiles artistes de Paris a fait sur leurs airs une sarabande d’un goût merveilleux, dont le poète envoie une copie[29]. Nous pourrions encore citer d’autres exemples de ce subit engouement pour l’indépendance des pauvres Indiens et surtout pour le magnifique pays qu’ils habitent. Selon ces poètes, en tête desquels il faut mettre du Bartas[30], c’est à cette source vivifiante, que peut se renouveler par des comparaisons nouvelles, une verve prête à tarir. Sans aucun doute, tous ces vieux voyageurs trop complétement oubliés durant un siècle, exercèrent une réelle influence sur leur temps et plus tard, comme on peut s’en convaincre en relisant Chateaubriand, la naïveté de leurs récits, la fraîcheur de leurs peintures, inspirèrent les grands écrivains qui songeaient déjà dans leurs descriptions à sortir des types convenus et à émouvoir par la vérité.
[28] On ne connaît pas généralement ces vers de Ronsard, ils s’adressent au fondateur de la France antarctique, à ce changeant personnage, tour-à-tour huguenot et fervent catholique, dont Lery fuit les sévérités excentriques, jusqu’au plus profond des forêts :
Docte Villegaignon tu fais une grand’ faute,
De vouloir rendre fine une gent si peu caute,
Comme ton Amérique, où le peuple incognu
Erre innocentement tout farouche et tout nud,
D’habits tout aussi nud, qu’il est nud de malice,
Qu’il ne cognoist les noms des vertus ni des vices
De Sénat ny de Roy, qui vit à son plaisir,