Ou bien ce pays cache encore un secret que jusqu’à présent on n’a pu deviner, et que les gens d’aujourd’hui sont impuissants à le découvrir; car, dire que d’autres nations auraient assujetti ces Indiens pour les faire travailler, n’a pas davantage de fondement, parce qu’on voit clairement à des caractères certains que c’est la même race indienne, nue comme elle est, qui a construit ces édifices; c’est ce dont on peut s’assurer, en considérant un des plus grands qui se trouve ici, entre les ornements duquel on remarque des débris d’hommes nus, mais les reins couverts de la ceinture qu’ils appellent ex, sans compter d’autres décorations que les Indiens d’aujourd’hui font encore d’un ciment extrêmement fort[207]. Or il arriva que, tandis que je demeurais ici, on trouva dans un édifice en démolition une grande urne à trois anses, recouverte d’ornements argentés extérieurement, au fond duquel il y avait des cendres provenant d’un corps brûlé, parmi lesquelles nous trouvâmes des objets d’art en pierre, bien travaillés, de ceux que les Indiens reçoivent encore actuellement comme de la monnaie; ce qui, au total, prouve que ce furent des Indiens qui furent les constructeurs de ces édifices[208].
Je sais bien que si ce furent des Indiens, ils devaient être d’une condition supérieure à ceux d’aujourd’hui, plus grands et plus robustes, ce qui se voit bien plus ici encore et à Yzamal qu’ailleurs, dans les statues en demi-bosse, modelées en ciment que je dis se trouver dans les contreforts, et qui sont d’hommes de haute taille; on ne le voit pas moins dans les extrémités des bras et des jambes de l’homme, de qui étaient les cendres de l’urne que nous trouvâmes dans l’édifice en question; ces os avaient dû brûler à merveille et étaient fort gros. On le voit encore dans les marches des édifices qui sont de deux bons palmes de hauteur, et cela seulement ici à Yzamal et à Merida.
Ici à Yzamal, entre autres, il y a un monument d’une telle élévation qu’il en inspire l’épouvante, ce qu’on verra dans la figure et l’explication ci-jointes[209]. Il y a vingt degrés, de plus de deux bons palmes de haut et d’un palme et tiers de large, et l’édifice a plus de cent pieds de hauteur. Ces degrés sont de pierres fort grandes et bien travaillées, quoique elles soient déjà bien laides et abîmées à cause du temps et de la pluie. Tout autour, comme le montre le demi-cercle, elle a une muraille parfaitement travaillée, d’une grande solidité, et comme à une toise et demie de haut, une corniche en saillie de fort belles pierres tout à l’entour, après quoi l’édifice continue à s’élever jusqu’à ce qu’il atteigne l’esplanade qui se trouve en haut du premier escalier.
Ensuite, de cette esplanade, vient une autre petite plate-forme; puis, tout contre le mur, une pyramide fort élevée, avec son escalier au midi, où viennent donner également les grands escaliers, et tout en haut se trouve une chapelle en pierre équarrie, parfaitement sculptée. Étant monté un jour au sommet de cette chapelle, comme on sait que le Yucatan est un pays plat, j’ai vu de là toute la terre, autant que les yeux peuvent en atteindre, ainsi que la mer. Ces édifices d’Izamal étaient en tout onze ou douze, quoique celui-ci soit le plus grand, et ils sont fort rapprochés les uns des autres. Il n’y a aucun souvenir de leurs fondateurs, et ils paraissent avoir été les premiers. Ils se trouvent à huit lieues de la mer, dans une fort belle situation, dans une région fertile et bien peuplée; c’est pour cela que les Indiens nous obligèrent par toutes sortes d’importunités à établir, en 1549, une maison sur le sommet d’un de ces édifices, ce qui a beaucoup aidé à les amener au christianisme avec ceux des environs, d’où il suit que l’on a colonisé deux bonnes communes de ce côté-ci, à part l’une de l’autre[210].
Au second rang des édifices de ce pays, et parmi les plus beaux, sont ceux de Tiho, qui sont d’une si haute antiquité qu’il n’y a pas non plus mémoire de leurs fondateurs: ils existent à treize lieues d’Yzamal et à huit de la mer, ainsi que les autres, et l’on voit entre les deux villes les restes d’une chaussée, qui paraît avoir été fort belle[211]. Les Espagnols établirent ici une cité qu’ils appelèrent Mérida, à cause de la singularité et de la grandeur des édifices; j’en ferai connaître ici le principal, aussi bien que je le pourrai, comme pour celui d’Izamal, afin qu’on puisse mieux comprendre ce que c’est.
Temple N.—2.
Nº 1 et 2.—Cour (patio).
Nº 3.—Chapelle (capilla).
Nº 4.—Cour fort belle (patio hermosisimo).