Y este Dios ó idolo era venerado, y dezian que quando tenian mortandad, ó pestes, ó otros comunes males, ivan á él todos, assi hombres como mugeres, y llevando muchos presentes, les ofrecian, y que alli á la vista de todos baxava un fuego (como es dicho) á mediodia, y quemava el sacrificio; y les dezia el sacerdote lo que avia de suceder de lo que querian saber de la enfermedad, hambre ó mortandad, y conforme á esso quedavan ya sabidores de su mal ó su bien, si bien veian á las vezes lo contrario y no lo quo les dezia.
Avia assimismo otro cuyo llamado (aun oy en dia por los naturales) Ppapp-Hol-Chac, que es él en que oy está fundado el convento de mi padre San Francisco y significa en Castilla el nombre «Casa de las Cabeças y Rayos,» y es que alli moravan los sacerdotes de los dioses, y eran tan venerados, que ellos eran los señores y los que castigavan y premiavan, y á quien obedecian con grande estremo; y lo que ellos declaravan, creian con tanto estremo, que no avia cosa que fuesse creyble. En contrario llamavanse y se llaman oy los sacerdotes en esta lengua de Maya Ahkin, que se deriva de un verbo kinyah, que significa «sortear ó echar suertes.» Y por que los sacerdotes antiguos las echavan en sus sacrificios, quando querian saber ó declarar cosas que se les preguntava, los llamavan Alakin y oy llaman en su lengua al sacerdote de Christo Ahkin, como antiguamente llamavan a los de sus dioses falsos.
Otro cerro ay, que era casa y morada de un gran capitan que se llamava Hunpictok, y este está entre el mediodia y puniente; significa el nombre deste capitan en castellano, el «Capitan que tiene exercito de ocho mil pedernales,» que eran los hierros de sus lanças, y flechas con que peleavan en las guerras. Su officio deste era el mayor y esta gente servia de sujetar los vassallos y obligalles a que sustentassen al rey, ó idolo y á los sacerdotes y para defensa de todos los sujetos á este reyno y guarda de sus templos. Estos eran los oraculos mas nombrados de Ytzmat-ul ó Ytzamal, que oy llaman.
1. Au temps de la gentilité, ce pays s’appelait la Terre des Oisons et des Daims, u luumil cutz, u luumil ceb; la raison en était dans l’abondance qu’il y en avait naturellement dans le Yucatan. La première chose à observer, c’est que cette région est la partie orientale de la Nouvelle-Espagne, terre ferme avec elle du côté du couchant, et unie avec celle de Guatémala, du côté du midi. Ce pays fut sujet à Montézuma[2], empereur du Mexique, et s’il est vrai qu’il y avait ici un grand nombre de petits rois et de princes particuliers, ils le reconnaissaient néanmoins et payaient tribut à ce souverain. Quelques-uns disent qu’on lui envoyait pour tribut les filles de ces princes, ainsi que d’autres demoiselles de qualité, à cause de leur beauté. D’autres assurent qu’on lui envoyait des étoffes de laine[3] et de certaines monnaies à leur usage qu’on appelle aujourd’hui cuzcas.
N. 2. Quoiqu’il soit vrai de dire qu’au temps de la conquête de cette terre de Yucatan, il y avait beaucoup de petits rois, d’après les relations antiques, elle fut soumise au commencement à un seul monarque et seigneur; mais la tyrannie étant venue à donner naissance à un grand nombre de princes comme à la servitude et à la persécution contre d’autres, ils se ruinèrent de telle sorte, qu’abandonnant les villes et les édifices de pierre, ils se réfugièrent dans les forêts, où les familles vécurent réunies en petits groupes. Dans cette situation, c’était le plus grand qui exerçait l’autorité, et qu’on tenait pour chef principal; d’où je crois que c’est ce qui arriva dans la loi naturelle, et qui continua longtemps, à la suite du déluge, jusqu’à ce que la tyrannie eût donné lieu à ce qu’il existât des rois et des chefs qui assujettirent les familles, fondant des royaumes auxquels ils donnèrent ce nom. Mais pour retourner à l’objet qui nous occupe, j’ai dit qu’il y avait un roi unique et un seul chef; car les édifices que l’on voit aujourd’hui abandonnés, sont tous d’une même architecture et d’un même style, tous fondés sur des élévations ou Ku, faits à la main, ce qui donne à penser qu’alors, par l’ordre et le commandement d’un seul, tous ces édifices se seraient élevés, puisqu’ils se ressemblaient tous[4].
Il existe une grande quantité de vestiges de ces édifices; la plupart, encore presque entiers, sont si somptueux et si bien travaillés de figures et d’hommes armés et d’animaux en pierre blanche, avec des façades d’une grande beauté, qu’ils ne peuvent qu’être excessivement anciens; sans omettre, toutefois, qu’on en voit quelques-uns qui paraissent si neufs et si blancs, avec des linteaux de bois aux portes[5] qui étaient si sains, qu’on dirait qu’il n’y a pas vingt ans qu’ils ont été bâtis; cependant ces édifices n’étaient pas habités par les Indiens, lorsqu’arrivèrent les Espagnols[6], car ils demeuraient par familles dans des chaumières éparpillées au milieu des bois, comme je l’ai remarqué plus haut. Mais ils s’en servaient comme de temples et de sanctuaires, disaient-ils, et en chacun d’eux, à l’endroit le plus élevé, ils tenaient leur dieu, tout faux qu’il fût, et là, ils lui offraient des sacrifices, quelquefois d’hommes, de femmes ou d’enfants: c’est là également qu’ils faisaient leurs prières et leurs cérémonies, leurs jeûnes et pénitences, comme je le dirai ensuite, ne voulant, pour le moment, parler que des sanctuaires les plus renommés ou du plus célèbre qu’il y avait dans ce pays, et auquel on accourait de toutes parts. C’était cette ville et les temples d’Ytzamal, ainsi qu’on l’appelle aujourd’hui[7]; or, comme leur fondation est, ainsi que je l’ai dit, d’une très-haute antiquité, et qu’on sait qui les fonda, on le fera connaître dans le chapitre suivant.
3. L’histoire et les auteurs que nous pouvons citer, sont certains caractères antiques, mal entendus du plus grand nombre, et expliqués par quelques vieillards indiens[8] qui étaient fils des prêtres de leurs dieux; car ceux-ci étaient les seuls qui sussent lire et tirer des horoscopes, et les autres les croyaient et les vénéraient comme leurs dieux eux-mêmes; or nos pères les plus anciens, qui jetèrent les premiers fondements de la foi du Christ en Yucatan, apprirent d’eux que le peuple de ce pays était venu, partie du couchant et partie du levant; c’est pourquoi, dans l’ancienne langue, ils nommaient le levant autrement qu’aujourd’hui. Actuellement, ils appellent l’orient Likin, qui est la même chose que dire que de là le soleil se lève sur nous, et au couchant, ils disent Chi-kin, c’est-à-dire la chute ou la fin du soleil, ou là où il se cache de nous. Mais dans l’antiquité ils appelaient l’orient Cen-ial, petite descente, et l’occident Nohen-ial, grande descente.
En effet, on dit que du côté de l’orient il débarqua peu de monde dans ce pays, mais que du côté de l’occident il en vint beaucoup. A l’aide de cette syllabe, ils entendaient ou peu ou beaucoup, au levant ou au couchant; mais quoi qu’il en soit du peu d’un côté, et du beaucoup de l’autre, quelles que soient encore les nations arrivées alors, je remets le lecteur qui en voudra savoir davantage, au père Torquemada dans son Histoire indienne[9], où il verra que les Mexicains sortirent du Nouveau-Mexique, d’où ils vinrent par ici. Or, comme l’île espagnole se peupla de Carthaginois, et que de ceux-ci se peupla aussi Cuba, et ensuite cette contrée (car eux seuls furent en état de construire de si somptueux édifices et de s’assujettir les nations), les communications venant à manquer avec Carthage, ces populations, avec le temps et le climat, se changèrent en des gens rudes et barbares[10].
4. Il existe, dans cette ville d’Ytzamal, cinq pyramides sacrées ou collines très-élevées, entièrement édifiées de pierre sèche, avec leurs soutiens et contreforts, au moyen desquels la pierre se dresse jusqu’en haut; mais on ne voit aucun édifice en son entier aujourd’hui, quoiqu’il y ait des traces et des vestiges de ce qu’ils étaient, dans l’un d’entre eux qui se trouve du côté du midi. Les anciens avaient une idole qui était parmi eux la plus renommée, appelée Ytzmat-ul, ce qui signifie «celui qui reçoit et possède la grâce ou la rosée, ou la substance du ciel.» Cette idole n’avait pas d’autre nom, ou du moins on ne lui en donnait aucun; mais on ajoute que c’était un roi puissant dans cette région, à qui on obéissait comme au fils des dieux[11]. Quand on lui demandait comment il se nommait, qui il était, il ne répondait que par ces paroles: Ytzen caan, ytzen muyal, ce qui voulait dire: «Je suis la rosée ou la substance du ciel et des nuages.»