Ce roi étant mort, on lui érigea des autels, il fut un oracle, et on verra plus loin comment et pourquoi on lui éleva un autre temple. Au temps où ce roi-dieu vivait, les peuples venaient le consulter sur les choses à venir, des contrées les plus lointaines; et il le leur disait, ainsi que d’autres choses futures. On lui portait aussi les morts, et on disait qu’il les ressuscitait et qu’il guérissait les malades: c’est pourquoi on avait pour lui une grande vénération, et non sans raison, s’il eût été avéré qu’il fût le dieu véritable, qui seul peut donner la vie aux morts et la santé aux malades; ce qui est impossible de la part d’un gentil ou d’un démon, Dieu seul pouvant le faire, puisqu’il est le maître de la vie et de la mort. Mais ces peuples le croyaient ainsi, et ils ne connaissaient point d’autre dieu, et c’est à cause de cela qu’ils disaient qu’il ressuscitait et guérissait.
Ces mêmes Indiens érigèrent encore un autre autel avec un temple, durant la gentilité, à cet Ytzmat-ul, leur roi ou leur faux dieu: ils y mirent la figure d’une main qui était là pour le leur rappeler à la mémoire; car ils disent que c’était là qu’ils lui portaient leurs morts et leurs malades, et qu’il les ressuscitait et les guérissait, en les touchant de la main. Ce temple était celui qui est du côté du couchant, et il s’appelle et se nomme Kab-ul, ce qui signifie «la Main opératrice.» Là ils offraient des aumônes considérables et portaient des présents; on y venait de toutes parts en pèlerinage; c’est pourquoi ils avaient fait aux quatre vents quatre routes ou chaussées qui s’étendaient à toutes les extrémités du pays, allant jusqu’à la terre de Tabasco, de Guatémala et de Chiapa, de quoi l’on voit encore aujourd’hui des restes et des vestiges en beaucoup d’endroits. Tel était le concours de monde qui accourait à ces oracles d’Ytzmat-ul et de Kab-ul pour qui on avait fait ces routes[12]. Une autre pyramide ou colline sacrée existait du côté du nord, et c’est aujourd’hui la plus élevée: elle s’appelait Kinich-Kakmó, parce que à sa cime se trouvait un temple avec une idole qui s’appelait de ce nom, ce qui signifie dans notre langue «Soleil avec visage aux rayons de feu,» lequel descendait à midi pour brûler le sacrifice, de la même manière que descend en volant l’Ara aux plumes de couleurs diverses[13].
On avait beaucoup de respect pour ce dieu ou cette idole; car on disait que lorsqu’il y avait de la mortalité, des pestes ou autres calamités publiques, tout le monde s’adressait à lui, hommes et femmes, portant un grand nombre de présents, qu’ils offraient, et qu’à la vue de tous, un feu descendait (comme je l’ai dit) à l’heure de midi, et consumait le sacrifice[14]. Alors le prêtre leur disait ce qui devait arriver au sujet de ce qu’ils désiraient savoir, des maladies, de la famine ou de la mortalité, et suivant ces choses, ils demeuraient instruits du bien ou du mal à venir, quoiqu’il leur arrivât quelquefois le contraire de ce qu’on leur avait annoncé.
Il y avait une autre pyramide, nommée encore aujourd’hui par les naturels, Ppapp-Hol-Chac, qui est la même où est fondé actuellement le couvent de notre père saint François, et ce nom signifie en castillan «Maison des Têtes et des Éclairs[15]»: car c’était là que demeuraient les prêtres des dieux, où on les respectait et tenait pour seigneurs, d’où ils châtiaient et récompensaient, où on les servait avec l’obéissance la plus entière; c’était de là qu’ils déclaraient leurs oracles, auxquels on croyait avec une foi absolue, rien ne pouvant sortir de leur bouche qui ne fût croyable au dernier degré. En opposition à ces choses, les prêtres s’intitulaient et s’intitulent encore aujourd’hui, dans la langue de Maya, Ahkin, mot qui vient de Kinyah, qui signifie «jeter au sort ou tirer des présages.» Or, comme les prêtres d’autrefois les tiraient dans leurs sacrifices, lorsqu’ils voulaient savoir ou déclarer les choses qu’on leur demandait, on les appelait Alakin[16], et actuellement au prêtre du Christ, les Mayas disent dans leur langue Ahkin, de la même manière qu’anciennement ils disaient à ceux de leurs faux dieux.
Une autre pyramide était la maison et la demeure d’un grand capitaine nommé Hunpictok, qui est située entre le midi et le couchant. Le nom de ce capitaine signifie en castillan, le «capitaine qui a une armée de huit mille silex»[17], parce que c’étaient là les pointes des lances et des flèches avec lesquelles ils combattaient dans les guerres; sa charge était la principale, cette armée servant à tenir les vassaux dans la soumission, et à les obliger à maintenir le roi ou le dieu, ainsi que les prêtres[18], comme à défendre les sujets de ce royaume, et à garder leurs temples. Tels étaient les oracles les plus renommés d’Ytzmat-ul, ou Ytzamal, ainsi qu’on l’appelle aujourd’hui.
NOTES
[1] Voici le titre de ce livre, aujourd’hui si rare, tel que je l’ai trouvé dans Pinelo: Devocionario de Nuestra Señora de Itzmal, Historia de Yucatan i conquista espiritual, 1663.
[2] Il est douteux que la puissance de Montézuma se fit sentir au delà de la lagune de Terminos; mais l’auteur, ainsi que Landa, comprenant Tabasco dans les limites du Yucatan, on peut dire que sous ce rapport il avait raison. Les documents existants donnent tous à penser que les princes de la Péninsule étaient parfaitement indépendants.
[3] Il est fort douteux également que les Mayas eussent des étoffes de laine, quoiqu’ils en fabriquassent qui pussent à première vue passer pour telles.