Que al norte tiene la isla de Cuba y a LX leguas muy en frente la Habana y algo adelante una islilla de Cuba que dizen de Pinos. Que al Oriente tiene a Honduras, y que entre Honduras y Yucatan se haze una muy gran ensenada de mar la qual llamo Grijalva Baya de la Ascension, y que esta muy llena de isletas y que se pierden en ella navios, principalmente de los de la contractacion de Yucatan a Honduras, y que avra XV años que se perdio una barca con mucha gente y ropa que se les zozobro el navio y se ahogaron todos, salvo un Majuelas y otros quatro que se abraçaron con un gran pedaço de un arbol del navio, y que anduvieron assi tres o quatro dias sin poder llegar a ninguna de las isletas y que se ahogaron faltandoles las fuerças, sino fue Majuelas que salio medio muerto, y torno en si, comiendo caracolejos y almejar; y que desde la islilla passo a tierra en una balsa que hizo de ramos como mejor pudo, y passado a tierra firme buscando de comer en la ribera topo con un cangrejo que le corto el dedo pulgar por la primera conjuntura con gravissimo dolor. Y tomo la derrota por un aspero monte a tiento para la villa de Salamanca y que anochescido se subio en un arbol, y que desde alli vio un gran Tigre que se puso en asechanza de una cierva y se la vio matar y que en la mañana el comio de lo que avia quedado.

Que Yucatan tiene algo mas baxo de la punta de Cotoch a Cuzmil en frente, V leguas de una canal que haze la mar entre ella y la isla de muy gran corriente. Que Cuzmil es isla de XV leguas en largo y cinco en ancho en que ay pocos indios y son de la lengua y costumbres de los de Yucatan y esta en XX grados a esta parte de la equinocial. Que la isla de las Mugeres esta XIII leguas abaxo de la punta de Cotoch XI leguas de tierra en frente de Ekab.

§ II.—Origine du nom de cette province. Sa situation.

Cette province, dans la langue des Indiens, se nomme Ulumil Cuz et Etel Ceh, c’est-à-dire la terre de la volaille et du gibier; ils l’appellent aussi Peten, ce qui veut dire île[8], trompés qu’ils étaient par les anses et baies susdites. Lorsque Francisco Hernandez de Cordoba aborda à cette terre, étant descendu à la pointe, nommée cap de Cotoch, il y trouva des pêcheurs indiens auxquels il demanda quelle terre c’était, et ceux-ci lui répondirent: C’otoch, ce qui veut dire nos maisons[9] et notre patrie, d’où vient le nom qu’on donna à cette pointe. Leur ayant ensuite demandé par signes de quelle manière était leur terre, ils répliquèrent Ci u than, qui signifie: Ils le disent, d’où les Espagnols dirent Yucatan; c’est ce que racontait un des vieux conquérants, nommé Blas Hernandez, qui arriva ici avec l’adelantado la première fois.

Au sud du Yucatan sont les rivières de Taiza[10] et les montagnes de Lacandon. Entre le midi et le couchant se trouve la province de Chiapa; pour s’y rendre d’ici, il faut traverser les quatre rivières qui descendent des montagnes et qui, avec quelques autres, forment le San Pedro y San Pablo, fleuve découvert en Tabasco par Grijalva, au couchant duquel existent Xicalanco et Tavasco, qui ne sont qu’une seule et même province[11].

Entre cette province de Tabasco et le Yucatan s’ouvrent les deux embouchures, coupées par la mer sur cette côte; la plus considérable des deux a une grande lagune pour ouverture; mais l’autre n’est pas très-large. Ce qui forme cette lagune, c’est la mer qui entre avec furie dans les terres; elle est très-abondante en poissons de toute sorte et remplie d’îlots. Les Indiens y posent des signaux entre les arbres, afin de reconnaître le chemin à suivre, pour aller et venir par eau entre Tabasco et Yucatan. Ces îles, leurs plages et leurs grèves, sont remplies d’une si grande variété d’oiseaux de mer que c’est admirable de les voir et de considérer leur beauté; il s’y trouve également du gibier à l’infini; chevreuils, lapins et porcs du pays, ainsi que des singes, dont il n’y a point au Yucatan. Les iguanes s’y rencontrent aussi en si grande quantité qu’il y a de quoi épouvanter, et, dans une de ces îles, il y a une localité appelée Tixchel[12].

Au nord du Yucatan est située l’île de Cuba, et, tout en face, à soixante lieues de distance, la Havane, et un peu plus avant, une petite île dépendante de Cuba, qu’on appelle de los Pinos. Au levant s’étend le Honduras, et entre le Honduras et le Yucatan s’ouvre une fort grande baie que Grijalva appelle la baie de l’Ascension[13]; elle est remplie d’îlots, et il s’y perd quelquefois des navires, surtout de ceux du commerce de Yucatan à Honduras. Il y a justement quinze ans qu’une barque chargée de beaucoup de monde et d’effets y fit naufrage; tous se noyèrent, à l’exception d’un certain Majuelas et de quatre autres qui s’attachèrent à un tronçon du mât du navire; ils allèrent ainsi durant quatre jours, sans pouvoir atteindre aucun des îlots, et les forces venant à leur manquer, ils finirent par se noyer à leur tour. Majuelas seul se sauva de la mer à demi mort, et recouvra ses forces en mangeant de petites limaces et des moules; de la petite île il passa à la terre ferme dans un radeau qu’il fabriqua de branches d’arbres, le mieux qu’il put; arrivé là et cherchant sur la plage de quoi se nourrir, il donna contre un cancre qui lui coupa le pouce à l’articulation, ce qui lui causa une très-grande souffrance. Il chemina ensuite au hasard, cherchant à se diriger sur Salamanca: la nuit venant, il grimpa sur un arbre; il aperçut de là un grand tigre qui se mit à guetter une biche qu’il lui vit tuer et dont il mangea ensuite lui-même les restes au matin.

Un peu plus bas que la pointe de Cotoch, entre la côte du Yucatan et Cuzmil[14], qui est en face, s’ouvre un canal de cinq lieues de large formé par la mer et dont le courant est d’une très-grande force. Cuzmil est une île de quinze lieues de long sur cinq de largeur: les Indiens y sont en petit nombre; leur langue et leurs coutumes sont les mêmes qu’au Yucatan. Cette île est située au XXᵉ degré nord de la ligne équinoxiale. L’île dite de Las Mugeres est située à treize lieues en bas du cap Cotoch et à onze lieues de terre ferme, en face d’Ekab[15].