Que los indios llevaron esta carta embuelta en el cabello, y la dieron a Aguilar, y que los navios porque tardavan los indios mas del tiempo del plazo, creieron que los avian muerto y que se volvieron al puerto de Cuzmil y que Cortes viendo que los indios no tornavan ni los barbados, se hizo otro dia a la vela. Mas aquel dia se les abrio un navio, y les fue necessario tornar al puerto y que estandole aderezando, Aguilar recibido la carta atraveço en una canoa la canal entre Yucatan y Cuzmil, y que viendole los del armada fueron a ver quien era, y que Aguilar les pregunto si eran Christianos y que respondiendole que si y españoles, lloro de plazer y puestas las rodillas en tierra dio gracias a Dios y pregunto a los españoles si era miercoles. Que los españoles le llevaron a Cortes assi desnudo como venia, el qual le vistio y mostro mucho amor, y que Aguilar conto alli su perdida y trabajos, y la muerte de sus compañeros, y como fue impossible avisar a Guerrero en tan poco tiempo por estar mas de LXXX leguas de alli.

Que con esto Aguilar que era muy bien interprete torno Cortes a predicar la adoracion de la Cruz y quito los idolos de los templos, y dizen que hizo esta predicacion de Cortes tanta impression en los de Cuzmil que salian a la playa diziendo a los españoles que por alli passavan Maria Maria Cortes Cortes.

Que partio Cortes de alli, y que toco de passo en Campeche y no paro hasta Tavasco donde entre otras cosas y indios que le presentaron los de Tavasco le dieron una india que despues se llamo Marina, la qual era de Xalisco hija de padres nobles y hurtada pequeña y vendida en Tavasco y que de ay la vendieron tambien en Xicalango, y Champoton, donde aprendio la lengua de Yucatan con la qual se vino a entender con Aguilar y que assi proveio Dios à Cortes de buenos y fieles interpretes, por donde vino a tener noticia y entrada en las cosas de Mexico de las quales la Marina sabia mucho por aver tratado con mercaderes indios y gente principal que hablavan de esto cada dia.

§ IV.—Voyage de Cortès à Cuzmil. Sa lettre à Aguilar.

Hernando Cortès partit de Cuba avec onze navires, dont le plus fort était de cent tonneaux, leur donna onze commandants, lui-même étant l’un d’eux, et emmena cinq cents hommes et quelques chevaux avec des objets propres à être échangés. Il avait également avec lui Francisco de Montejo, qui était un des commandants, et le pilote Alaminos, premier pilote de la flotte. Au navire amiral, il arbora une bannière aux couleurs blanche et bleue en l’honneur de Notre-Dame, dont il plaçait toujours l’image avec une croix aux endroits d’où il ôtait des idoles, et sur la bannière se montrait une croix rouge ayant ces paroles à l’entour: Amici, sequamur crucem, si nos habuerimus fidem in hoc signo vincemus. Avec cette flotte et sans autres apprêts, il mit à la voile et arriva à Cotoch[22] avec dix navires, le onzième s’étant séparé des autres dans une tempête; mais il le recouvra plus tard à la côte. Arrivé à Cuzmil, il cingla au nord et trouva de bons édifices de pierre pour les idoles et une belle bourgade; mais les indigènes, voyant tant de vaisseaux et tant de soldats qui prenaient terre, s’enfuirent tous dans les bois.

Les Espagnols étant entrés dans la bourgade, la saccagèrent et s’y logèrent; se mettant ensuite dans les bois à la recherche des habitants, ils trouvèrent la femme du seigneur du lieu avec ses enfants. Au moyen de l’interprète Melchior, Indien qui avait suivi Francisco Hernandez et Grijalva, ils apprirent qui elle était. Les caresses que leur fit Cortès, accompagnées de dons faits à propos, les déterminèrent à faire appeler le seigneur, qu’il traita également avec beaucoup de bienveillance; il lui fit quelques petits présents, lui rendit sa femme et ses enfants, ainsi que toutes les choses que les soldats avaient pillées dans la bourgade. Il l’engagea à faire retourner les Indiens à leurs demeures et fit restituer à chacun ce qui lui appartenait. Les ayant ainsi rassurés, il leur prêcha la vanité des idoles et leur persuada d’adorer la croix, la plaçant dans leurs temples avec une image de Notre-Dame, et c’est ainsi que cessa l’idolâtrie publique.

C’est là que Cortès apprit comment des hommes barbus se trouvaient à trois soleils de chemin au pouvoir d’un seigneur; il voulut persuader les Indiens d’aller les chercher et en trouva un qui s’en chargea, quoique avec difficulté, parce qu’ils avaient peur du seigneur des barbares[23], et il écrivit la lettre suivante:

«Nobles seigneurs, étant parti de Cuba avec une flotte de onze navires et cinq cents Espagnols, je suis arrivé à Cuzmil d’où je vous écris cette lettre. Ceux de cette île m’ont assuré qu’il y a dans le pays cinq ou six hommes barbus et en tout à nous fort semblables; ils ne peuvent me donner ni dire d’autres signalements; mais pour ceux-ci je conjecture et tiens pour certain que vous êtes Espagnols. Moi et ces seigneurs qui viennent avec moi occuper et découvrir ces terres, nous vous prions beaucoup que d’ici à cinq ou six jours, ayant reçu la présente, vous veniez vers nous sans mettre d’autre retard ni excuse. Que si vous venez, nous le reconnaîtrons et vous remercierons des bons offices que de vous recevra cette flotte. J’envoie un brigantin pour que vous y veniez et deux bâtiments pour la sécurité.»

Les Indiens emportèrent cette lettre enveloppée dans leur chevelure et la remirent à Aguilar; mais comme ceux-ci tardèrent plus de temps qu’ils n’avaient annoncé, on les crut morts et les navires s’en retournèrent au port de Cuzmil. Cortès voyant alors que les Indiens n’étaient point revenus non plus que les hommes barbus, mit à la voile le lendemain. Mais ce jour-là un des navires s’ouvrit et ils se virent dans la nécessité de retourner au port. Comme ils travaillaient à le radouber, Aguilar ayant reçu la lettre, traversa dans un canot le canal entre Yucatan et Cuzmil; ce que voyant ceux de la flotte, ils furent voir qui c’était. Aguilar leur ayant demandé s’ils étaient chrétiens, ils répondirent qu’ils étaient et chrétiens et Espagnols, sur quoi il versa des larmes de joie, et s’agenouillant, il rendit grâces à Dieu, demandant ensuite si ce jour était un mercredi. Les Espagnols l’amenèrent nu comme il était à Cortès, qui le fit habiller et lui témoigna beaucoup d’amitié. Aguilar raconta alors son naufrage et ses souffrances, ainsi que la mort de ses compagnons, tout en faisant comprendre l’impossibilité où il avait été d’aviser Guerrero dans ce court espace de temps, celui-ci se trouvant à plus de quatre-vingts lieues de là.