§ IX.—Monument chronologique de Mayapan. Fondation du royaume de Zotuta. Origine des Chèles. Les trois Etats principaux du Yucatan.

Suivant la computation des Indiens, il y aura cent vingt ans de l’abandon de Mayapan[55]. On trouve dans la place de cette ville sept ou huit pierres, de dix pieds de longueur chacune et rondes par le bout, bien travaillées, et offrant plusieurs inscriptions en caractères de ceux dont ils usent, mais qui, pour avoir été trop effacés par les eaux, ne peuvent plus se lire[56]: on pense, toutefois, qu’elles portent la mémoire de la fondation et de la destruction de cette capitale; car il y en a d’autres semblables à Zilan, qui est une localité de la côte[57], quoiqu’elles soient plus hautes. Or, les naturels du pays, interrogés à ce sujet, répondent qu’ils avaient accoutumé ériger de vingt en vingt ans, ce qui est le chiffre de la computation de leurs cycles, une de ces pierres; mais il paraît qu’on ne s’y reconnaît pas, car d’après cela il devrait y en avoir bien d’autres, d’autant plus qu’on n’en retrouve qu’à Mayapan et à Zilan[58].

Ce que les seigneurs qui abandonnèrent Mayapan, emportèrent de plus important, en se retirant dans leurs domaines, ce furent les livres de leurs sciences; car ils furent toujours soumis aux conseils de leurs prêtres, et c’est pour cela qu’il y a tant de temples dans ces provinces.

Quant au fils de Cocom qui avait échappé à la mort, par son absence, il se trouvait dans la terre d’Ulua, qui est située au delà de la ville de Salamanca[59], occupé d’affaires commerciales: apprenant la mort de son père et la destruction de la capitale, il revint au plus tôt, et réunissant ses parents et ses vassaux, il alla s’établir dans une localité qu’il appela Tibulon, ce qui veut dire: Nous avons été joués[60]. Ils bâtirent dans ces lieux boisés un grand nombre de villes et de bourgades: de la famille de ces Cocom procédèrent des familles nombreuses, et la province où ce prince régna s’appelle Zututa[61].

Considérant que les Mexicains qui avaient prêté leur aide à Cocom, ne l’avaient fait que sur l’invitation du souverain du pays, et qu’ils étaient étrangers, les seigneurs qui avaient désemparé Mayapan, ne songèrent point à tirer d’eux aucune vengeance: ils les laissèrent tranquilles, leur donnant la faculté, soit de s’établir dans une partie de la contrée, séparés de la nation, soit de s’en aller, ne permettant pas toutefois à ceux qui resteraient, de se marier avec des femmes du pays, mais avec leurs propres filles. Ils préférèrent néanmoins demeurer dans le Yucatan, plutôt que de retourner aux lagunes et moustiques de Tabasco; ils prirent alors possession de la province de Canul, qu’on leur signala[62] et où ils restèrent jusqu’à la seconde guerre des Espagnols[63].

Entre les douze prêtres de Mayapan[64], il y en eut un, à ce qu’on dit, qui était renommé pour sa sagesse; n’ayant qu’une fille unique, il la maria à un jeune homme noble, appelé Achchel[65], lequel eut plusieurs fils qui portèrent le nom de leur père, suivant l’usage du pays. On raconte que ce prêtre avait prédit à son gendre la destruction de cette capitale: celui-ci, de son côté, s’instruisit considérablement dans les sciences de son beau-père qui, à ce qu’on ajoute, écrivit sur la partie charnue de son bras gauche certaines lettres d’une grande importance dans l’opinion publique[66]. Ayant reçu cette faveur, il alla s’établir vers la côte, fondant le siége de son autorité à Tikoch, où le suivit une population nombreuse: telle fut l’origine de l’illustre famille des Chèles, dont les adhérents occupèrent la plus considérable des provinces du Yucatan, qu’ils appelèrent de leur nom Ahkin-Chel, qui est la même qu’Yzamal où ces Chèles résidèrent[67], se multipliant dans toute la péninsule jusqu’à l’arrivée de l’adelantado Montejo.

Entre ces trois grandes maisons princières des Cocomes, des Xiuis et des Chèles, il y eut constamment des luttes et des haines cruelles, et elles durent même encore aujourd’hui, qu’ils sont devenus chrétiens. Les Cocomes disaient aux Xiuis qu’ils étaient des étrangers et des traîtres qui avaient assassiné leur souverain et volé ses domaines. Les Xiuis répondaient, disant qu’ils n’étaient ni moins bons ni moins anciens ni moins princes qu’eux, et que loin d’être des traîtres, ils avaient été les libérateurs de la patrie, en mettant à mort le tyran. Le Chel, à son tour, prétendait être d’aussi noble famille que les deux autres, puisqu’il était le descendant du prêtre le plus estimé de Mayapan; que quant à lui personnellement, il valait mieux que ses émules, puisqu’il avait su se créer une royauté comme eux. D’un autre côté, ils se reprochaient mutuellement l’insipidité de ce qu’ils mangeaient, puisque le Chel, habitant la côte, ne voulait donner ni poisson ni sel au Cocom, l’obligeant ainsi à envoyer fort loin pour ces deux choses, et que le Cocom ne permettait au Chel de tirer ni gibier ni fruits de ses États.

§ X.—Varias calamidades esperimentadas en Yucatan en el siglo anterior á la conquista, huracan, pestilencias, guerras, etc.

Que estas gentes tuvieron mas de XX años de abundancia y de salud y se multiplicaron tanto que toda la tierra parescia un pueblo, y que entonces se labraron los templos en tanta muchedumbre, como se vee oy en dia por todas partes y que atravesando por montes se veen entre las arboledas assientos de casas y edificios labrados a maravilla.