Mais les Indiens, après avoir été instruits dans la religion, et les jeunes garçons, après avoir reçu l’enseignement dont nous avons parlé plus haut, furent pervertis par les prêtres qu’ils avaient au temps de leur idolâtrie, ainsi que par les chefs; ils recommencèrent alors à adorer les idoles et à leur offrir des sacrifices, non-seulement d’encens, mais encore de sang humain. En conséquence, les religieux firent une enquête, demandant l’aide de l’alcalde mayor: ils en emprisonnèrent un grand nombre auxquels ils firent le procès, après quoi eut lieu l’exposition publique, où plusieurs parurent sur l’échafaud, coiffés avec le bonnet de l’inquisition, battus de verges et tondus, et d’autres revêtus du san-benito pour un certain temps. Mais il y en eut qui, entraînés par le démon, se pendirent de douleur; en général, néanmoins, ils montrèrent beaucoup de repentir et de volonté de devenir de bons chrétiens[97].

§ XIX.—Llegada del obispo Toral: suelta a los indios presos. El provincial de San Francisco va a España para justificarse.

Que en esta sazon llego a Campeche fray Francisco Toral, frayle franciscano, natural de Ubeda, que avia estado XX años en lo de Mexico, y venia por obispo de Yucatan, el qual por las informaciones de los españoles, y por las quexas de los indios, deshizo lo que los frayles tenian hecho, y mando soltar los presos y que sobre esto se agravio el provincial y determino ir a España, quexandose primero en Mexico, y que assi vino a Madrid, donde los del consejo de Indias le afearon mucho que uviesse usurpado el oficio de obispo, y inquisidor, para descargo de lo qual alegava la facultad que su orden tenia para en aquellas partes concedida por el papa Adriano, a instancia del emperador, y el auxilio que la Audiencia real de las Indias le mando dar conforme a como se dava a los obispos; y que los del consejo se enojaron mas por estas desculpas, y acordaron de remitirle a el y a sus papeles y a los que el obispo avia embiado contra las frayles a fray Pedro de Bovadilla, provincial de Castilla, a quien el rey escrivio, mandandole que los viesse y hiziesse justicia y que este fray Pedro, por estar enfermo, cometio el examen destos processos a fray Pedro de Guzman de su orden, hombre docto y esperimentado en cosas de inquisicion, y se presentaron los pareceres de siete personas doctas del reyno de Toledo que fueron el D. fray Francisco de Medina y fray Francisco Dorantes de la orden de St Francisco, y el maestro fray Alonzo de la Cruz, frayle de St Augustin, quien avia estado XXX años en las Indias, y el licenciado Thomas Lopez, que fue oidor en Guatimala en el Nuevo Reyno, y fue Juez en Yucatan, y el D. Hurtado cathedratico de canones, y el D. Mendez, cathedratico de santa Escritura, y el D. Martinez, cathedratico de Scoto en Alcala, los quales dixeron que el provincial hizo justamente el auto y las otras cosas en castigo de los indios. Lo qual visto por fray Francisco de Guzman, escrivio largamente sobre ello al provincial fray Pedro de Bovadilla.

Que los indios de Yucatan merecen que el rey les favoresca por muchas cosas y por la voluntad que mostraron a su servicio. Estando necessitado en Flandes embio la princesa doña Juana su hermana, que entonces era governadora del reyno, una cedula pidiendo ayuda a los de las Indias, la qual llevo a Yucatan un oidor de Guatimala y para esto junto los señores y ordeno que un frayle les predicasse lo que devian a su magestad, y lo que entonces les pedia, y que concluyda la platica, se levantaron dos indios en pie y respondieron que bien sabian lo que eran obligados a Dios por aver les dado tan noble y christianissimo rey, y que les pesava no vivir en parte donde le pudieron servir con sus personas, por tanto que viesse lo que de su pobreza queria que le servirian con ello y que si no bastasse, que venderian sus hijos y mugeres.

§ XIX.—Arrivée de l’évêque Torral; il délivre les Indiens emprisonnés. Le provincial des franciscains se rend en Espagne pour se justifier.

En ce temps-là arriva à Campêche frère Francisco Toral, religieux franciscain, natif d’Ubeda, qui avait été durant vingt ans employé au Mexique, et qui venait actuellement comme évêque du Yucatan. Ce prélat, sur les informations des Espagnols et les plaintes des Indiens, détruisit ce que les moines avaient fait, commandant de mettre en liberté les prisonniers. Le provincial, qui se crut offensé, résolut d’aller en Espagne, après avoir d’abord porté ses plaintes à Mexico. Il arriva à Madrid où les membres du conseil des Indes l’accueillirent fort mal, pour avoir usurpé l’office d’évêque et d’inquisiteur. Il allégua pour sa décharge les facultés que son ordre avait reçues, pour ces contrées, du pape Adrien, sur les instances de l’empereur, et le secours que le conseil royal des Indes lui avait fait donner d’après ce qui se faisait avec les évêques; mais les membres du conseil éprouvèrent encore plus d’irritation de ces excuses: ils résolurent de le remettre lui, avec ses papiers et ceux que l’évêque avait envoyés contre les religieux, à frère Simon de Bovadilla, provincial de Castille, à qui le roi écrivit, lui donnant ordre d’examiner l’affaire et de faire justice. Mais frère Pedro étant malade confia l’examen de cette procédure à frère Pedro de Guzman, de son ordre, homme docte et expérimenté dans les choses d’inquisition. A la suite de cela il y eut sept avis différents donnés par des hommes de science du royaume de Tolède, qui furent frère Francisco de Medina et frère Francisco Dorantes, de l’ordre de Saint-François; le maître frère Alonzo de la Cruz, moine de Saint-Augustin, qui avait passé trente ans dans les Indes; le licencié Thomas Lopez, qui avait été auditeur à Guatémala et dans le Nouveau Royaume[98], et juge au Yucatan; le D. Hurtado, professeur de droit canon; le D. Mendez, professeur d’Écriture sainte, et le D. Martinez, professeur de philosophie scolastique[99] à Alcala: or tous ensemble déclarèrent que le provincial avait agi justement à l’occasion de l’auto-da-fé et des autres choses en châtiment de l’apostasie des Indiens. Ce qu’ayant vu frère Francisco de Guzman, il en écrivit longuement au provincial frère Pedro de Bovadilla.

Les Indiens du Yucatan méritent que le roi leur fasse quelque faveur pour bien des raisons et pour la bonne volonté qu’ils ont montrée pour son service, durant les besoins qu’il éprouva en Flandre; car ce fut alors que la princesse doña Juana, sa sœur, qui était régente du royaume, expédia une cédule, demandant de l’aide aux habitants des Indes; un auditeur de Guatémala la porta au Yucatan et réunit à cet effet les chefs du pays, commandant à un religieux de les prêcher sur ce qu’ils devaient à Sa Majesté et ce qu’il leur demandait pour le moment. A la fin du sermon, deux Indiens se levèrent et répondirent qu’ils savaient fort bien ce qu’ils devaient à Dieu pour leur avoir donné un roi si noble et si chrétien, et qu’ils regrettaient de n’être point là où ils auraient pu le servir de leurs personnes; que néanmoins il voulût bien voir en quoi le peu qu’ils possédaient pouvait lui être utile, et que si cela ne lui suffisait point, ils vendraient jusqu’à leurs fils et leurs femmes[100].