Le moine ne daigna pas répondre, gardant un visage sévère et impénétrable.

Alors, Cipriano ramena sur ses genoux les pans de son vêtement, soupira, cligna des yeux et dit, de sa voix agréable, toujours égale et calme:

—Frère Savonarole, je me ruinerai, je vous donnerai tout ce que je possède—quarante mille florins.

Savonarole le regarda et demanda:

—Si vous vous ruinez et que vous n'ayez aucun bénéfice en cette affaire, quel est votre but?

—Je suis né à Florence et j'aime ce pays, répondit simplement le commerçant. Je ne voudrais pas que les étrangers puissent dire qu'à l'instar des barbares, nous brûlons les innocentes productions des sages et des artistes.

Le moine eut une expression étonnée et murmura:

—O mon fils, si tu pouvais aimer ta patrie céleste, comme tu aimes ta patrie terrestre! Console-toi, ce qui périra dans le bûcher sera digne du feu, car ce qui est mauvais et coupable ne peut être beau, selon l'opinion même de vos sages.

—Êtes-vous convaincu, mon père, demanda Cipriano, que les enfants puissent distinguer infailliblement ce qui est bon ou mauvais dans les productions artistiques et scientifiques?

—La vérité sort de la bouche des enfants, répliqua le moine. Si vous ne pouvez être semblable à eux, vous ne pourrez entrer dans le royaume céleste. Je vaincrai la sagesse des sages, les raisons des raisonneurs, a dit le Seigneur. Nuit et jour je prie pour eux, afin que ce qu'ils ne pourront comprendre dans les vanités de l'art et de la science, leur soit révélé par l'Esprit-Saint.