La responsabilité des femmes est effrayante en ce moment. Si le mouvement féministe tourne à la haine, au lieu de tourner à la bonté, toute la joie sera bannie de la terre. Les yeux doivent s’ouvrir enfin. Il ne s’agit ni de religion, ni même de morale, c’est une question de vie ou de mort. Les plus incrédules devraient le comprendre. Il n’y a de bonheur que dans la bonté; la bonté seule le donne. Une femme dont la maternité s’étend à tous, il faudrait s’agenouiller devant elle à chaque minute parce qu’elle reflète le divin. Ce qu’une créature semblable fait de bien, qui pourra jamais le mesurer, même si elle ne sort pas du cercle restreint de la famille et des amis? Une grande lumière émane d’elle, une lumière de vie et de joie qui provoque chez tous ceux qui l’approchent un épanouissement de l’âme. Elle est l’amie, le repos, la consolation. Comparez son influence à celle des femmes dont les paroles sèches, les critiques acerbes, les insinuations perfides découragent toutes les manifestations nobles ou tendres. Leur sourire sceptique abattrait le zèle d’un apôtre. Même en n’employant que la méthode empirique le doute n’est pas permis. D’un côté le jour chaud et radieux, de l’autre la nuit froide, sombre, sans étoiles...

Des deux courants qui triomphera? Le triomphe complet est impossible, il y a dans l’humanité des instincts qui ne s’anéantissent jamais complètement, mais l’un des courants peut réduire l’autre. De grandes et magnifiques forces finiront par dominer le monde, mais à quoi servirait à l’homme d’élever des autels à la vérité et à la justice, si la bonté restait sans tabernacle. Elle est semblable à cette charité dont parle saint Paul, sans laquelle toutes les sciences et toutes les vertus résonnent et retentissent vainement comme l’airain et la cymbale.

La bonté n’a pas de sexe. Elle est aussi nécessaire à une portion de l’humanité qu’à l’autre, car elle seule pourra sauver le monde de l’anarchie morale dont il est menacé comme il y a dix-neuf siècles. Cette fois le salut peut venir de la femme. Un proverbe lombard dit: «La femme a sept âmes et une petite âme.» C’est peut-être dans cette petite âme oubliée qu’elle doit regarder aujourd’hui pour y trouver la vision de ce que l’humanité attend d’elle. Y puisera-t-elle la force d’arracher de son cœur la plante venimeuse qui la détériore? Saura-t-elle comprendre et pratiquer la mission de maternité élargie qui doit être la revanche de son sexe?


CHAPITRE VIII

LE RESPECT DU REPENTIR

Il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes.

(Luc., 15-7.)

Dans une société plus équitablement et généreusement organisée que la nôtre le respect du repentir entrera forcément dans les coutumes morales. Mais, dès aujourd’hui, les esprits chercheurs de vérité, ennemis des vaines formules et sur lesquels les apparences pharisaïques n’exercent aucun prestige, devraient rendre à ce phénomène de la conscience, une fois sa sincérité constatée, l’honneur qui lui est dû. Malheureusement, jusqu’ici, semblables en cela aux esclaves des préjugés et des formes, ils ont refusé de s’incliner devant le pécheur repentant.