— Laissez-moi telle que je suis, Robert ; tant que je serai près de vous, que vous importera cette tête de marbre ? ce n’est pas elle, c’est moi que vous regarderez. Et lorsque nous serons séparés, oh ! alors, ce sera bien cette expression désespérée qui conviendra à mon visage.
Il m’a interrompue vivement et d’un ton irrité :
— Thérèse, comment osez-vous prononcer d’une voix tranquille des mots semblables, quand moi je n’ose même pas penser sans frémir à l’éventualité d’un pareil déchirement ? Il n’y a entre nous qu’une séparation possible : la mort.
— C’est bien d’elle que je parlais, ai-je répondu doucement. Si je vous quitte, Robert, ce ne sera que pour mourir.
Il m’a regardée avec un attendrissement douloureux.
— Vous voir mourir serait une douleur indicible, mais s’il me fallait vous perdre, Thérèse, Dieu fasse que ce soit morte et non vivante !
Après ces paroles, un long silence se fit entre nous, l’idée de la mort s’était emparée de moi ; lui aussi y pensait, car, de temps à autre, il serrait ma main avec force, comme pour s’assurer que j’étais là encore... Nous étions debout près de la fenêtre, le soleil qui était caché sortit tout à coup des nuages et vint éclairer l’atelier de ses rayons. Il jeta sur le buste un éclat plus vif et lui donna soudain une apparence de vie. J’appuyai mon visage contre le visage de marbre de la statue et, me penchant, je la baisai sur les lèvres.
— Je viens de lui donner une partie de mon âme, dis-je en souriant, si jamais vous me perdez, promettez-moi, Robert, de venir chaque jour déposer sur ses lèvres ce même baiser ; elles vous le rendront.
Le soir du même jour.
Madame de Hauteville n’a pas dîné avec nous ; au dernier moment, elle a fait prévenir Robert qu’elle était trop souffrante pour quitter sa chambre. Ce malaise m’inquiète, tellement mon esprit égaré voit partout une menace de malheur.