J’étais seule sur la terrasse avec M. de Belmonte, quand M. de Hauteville vint prendre congé de nous. Il était en costume de voyage ; la voiture attelée l’attendait devant le perron. Il salua le marquis, puis me tendit la main, froidement, comme à une étrangère... A ce moment, je faillis me trahir ; il me sembla soudain qu’il me quittait pour toujours, que je ne le reverrais plus ;... mes lèvres s’ouvrirent pour crier : « Emmenez-moi !... » Mais nous n’étions pas seuls. Par un puissant effort de volonté je refoulai mon émotion. — La voiture partit. Mes regards la suivirent aussi longtemps qu’elle fut visible, puis, à regret, je les ramenai lentement autour de moi. Debout à mes côtés, M. de Belmonte me contemplait avec une expression de curiosité ardente, mélangée de doute et d’indécision. En rencontrant mes yeux, il détourna les siens. Nous fîmes quelques pas, puis nous nous arrêtâmes. La nuit était brillante et sereine ; je levai la tête vers le ciel étoilé qui éclairait la route que suivait Robert... Ma main pendait le long de la balustrade ; le marquis la souleva légèrement dans une des siennes et en examina la forme et les contours.
— Blanche, froide et cruelle, dit-il en la laissant retomber.
Je me remis à marcher.
— Quelle femme êtes-vous donc ? continua-t-il plus bas.
— Une femme qui trouve l’air de la nuit trop frais pour elle et qui va vous souhaiter le bonsoir, répondis-je en riant et ramenant autour de mon cou les plis de ma mantille.
Il se mordit les lèvres, et un mauvais sourire lui passa sur le visage. Nous étions arrivés devant la porte du salon.
— Connaissez-vous la devise des Belmonte ? demanda-t-il brusquement, comme j’en dépassais le seuil.
— Non.
— Contra spem spero, et je suis comme mes pères, mademoiselle, j’espère contre l’espoir.
6 juin.