Renée sait tout !...

J’en ai acquis la conviction dans le premier regard que nous avons échangé ce matin. Le supplice de cette minute, aucune parole ne saurait l’exprimer...

Et je suis restée en face d’elle, droite, impassible, mangeant le pain qu’elle m’offrait et souffrant mille morts sous son œil de tranquille mépris !... A l’humiliant silence qu’elle gardait j’aurais préféré des reproches, des cris, des larmes... Mais pourquoi aurait-elle eu des cris et des larmes ? Elle ne l’aime pas ; ce n’est point dans son cœur que je l’ai blessée, ce n’est que dans ses droits. S’il en était autrement elle n’aurait pu me revoir, elle serait partie... ou m’aurait chassée.

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Mais comment est-elle arrivée à la vérité ? — C’est hier que Robert nous a quittés. Je me souviens maintenant qu’elle a passé la soirée enfermée chez elle. Ce malaise subit n’était qu’un prétexte, sans doute elle savait déjà... Il a fallu qu’elle nous surprît ensemble ! qu’elle entendît nos paroles ! Mais où ? quand ? Du petit salon de la tourelle un escalier extérieur conduit jusqu’à la galerie sur laquelle s’ouvre une des fenêtres de l’atelier. Tous les jours elle passe de longues heures dans ce petit salon arrangé à son usage ; elle aura entendu le marteau de Robert frapper sur le marbre, une curiosité l’aura tentée, elle sera montée sans bruit...

7 juin.

Renée garde toujours le silence ; je ne puis deviner jusqu’où va sa certitude, ni à quelle résolution elle se prépare.

Nous ne nous voyons qu’aux heures des repas. Là, elle ne m’épargne aucune amertume et, affirmant ses droits, me fait sentir dans chaque détail que je ne suis ici qu’une étrangère recueillie par pitié.

Aujourd’hui M. de Belmonte, ayant manifesté le désir d’entrer dans l’atelier afin d’y examiner quelques monnaies anciennes, se tourna vers moi pour me demander où se trouvait la clef. Renée l’interrompit brusquement.

— Il me semble, marquis, dit-elle avec hauteur que, si l’on désire des renseignements sur les appartements du château, c’est à moi qu’il faut s’adresser et non point à d’autres.