Je me sentis pâlir sous l’affront. M. de Belmonte s’inclina et, avec son aisance d’esprit habituelle, changea de sujet. Sans lui, cette situation serait intenable. Il met une adresse merveilleuse à se trouver toujours entre nous. Malheureusement il en profile pour se rapprocher de moi.

Où que j’aille, je le trouve sur ma route ; il ne me cache plus ses insolentes espérances, ravivées par la signification qu’il donne à l’absence de Robert et par l’odieuse comédie que je suis obligée de jouer. J’accepte avec un sourire forcé ses protestations et je réponds à ses paroles ardentes par un rire que je voudrais rendre insouciant, mais dont l’amertume me fait tressaillir moi-même. Je ne parviens pas pourtant à lui dissimuler que je souffre, mais on dirait qu’il y trouve un charme cruel et que, pour cet esprit corrompu, la conscience de mon amour pour un autre est un stimulant de plus.

Ce matin, il m’a demandé soudainement :

— Comptez-vous accepter pendant longtemps encore l’hospitalité de madame de Hauteville ?

Sous l’ironie de ces paroles j’ai rougi.

— Non, ai-je répliqué vivement.

— Où irez-vous alors ? a-t-il repris avec une nuance d’inquiétude soupçonneuse.

— Je ne sais, ai-je répondu d’un ton d’insouciance jouée. Quelque part probablement où j’apprendrai à lire à des enfants maussades.

— Vous ! ce serait un crime que je ne permettrai jamais. Laissez cela aux pauvres déshéritées de la nature, vous êtes trop jeune et trop belle pour n’avoir pas une autre voie à suivre. Quand on possède ce je ne sais quoi qui grise les plus sages, on ne se fait pas institutrice. Ah ! non !...

Puis plus bas et plus doucement :