— Si vous vouliez seulement avoir confiance en moi, il y a de beaux pays que je serais heureux de vous montrer et où vous connaîtriez jusqu’où peut aller votre pouvoir. Réfléchissez-y, car vous n’avez pas de meilleur ami que moi, et je ne vous demanderai jamais que l’heure présente.
J’écoute ces odieux propos avec une irritation qui ressemble à de la haine, et il me vient des rages sourdes contre cet homme. J’arrête à chaque instant sur mes lèvres les paroles de dédain et de colère dont je voudrais punir son audace. Je baisse la tête et, comme une expiation méritée, je supporte l’expression de ces sentiments qui m’offensent et dans mon amour et dans ma dignité de femme.
Ah ! malheureuse que je suis !
8 juin.
J’ai reçu une lettre de Robert ; il revient demain.
— Faites tous vos préparatifs, m’écrit-il ; le jour qui suivra mon arrivée, vous quitterez Hauteville, et je vous rejoindrai quelques heures après... Je compte les minutes qui nous séparent de la liberté et du bonheur...
J’ai prévenu madame de Hauteville de mon départ prochain, et j’ai passé toute la journée chez moi dans l’activité fiévreuse de mes préparatifs de départ, dévorée par une anxiété que je ne parvenais pas à dominer.
Mais Robert revient, ces angoisses vont finir. Nous partirons ensemble, nous oublierons nos peines, nos souffrances et la solitude de cœur où nous avons vécu si longtemps ; nous retrouverons ce que nous avons perdu et ce qui nous a manqué ; nous réaliserons les espérances infinies de notre jeunesse.
Quelques heures encore et le rêve sera atteint.
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