Elle se leva en prononçant ces mots. Nous étions debout en face l’une de l’autre, à une distance de quelques pas, mais, quoique je sois plus grande qu’elle, elle semblait me dominer de toute la hauteur de sa situation sur l’abaissement de la mienne. Ce n’était plus Renée, c’était une femme inconnue dont la grandeur morale m’écrasait. Mon esprit, sous le coup de cette révélation, flottait indécis ; cependant, à travers le travail mystérieux qui s’accomplissait en moi, le sentiment instinctif de la défense de mon amour me possédait encore.

— Thérèse, n’étouffez pas la voix de votre conscience. — Puis elle essaya de faire vibrer les cordes muettes de mon âme, elle me parla de Dieu que j’offensais, de l’honneur que je perdais, elle appela à son aide tout ce qui pouvait réveiller et fortifier mes vagues notions du bien... Je ne voulais pas l’entendre, je cachais ma tête dans mes mains, mais, malgré mes efforts, chacune de ses paroles me parvenait distinctement et semblait s’ouvrir forcément une voie jusqu’au plus profond de mon être. Défaillante, sous l’empire de l’angoisse qui me torturait, ne pouvant plus me soutenir, je m’appuyai contre la muraille :

— Je ne puis pas, criai-je, Robert m’est plus cher que tout.

Alors il se passa une chose inouïe : je vis Renée s’agenouiller devant moi.

— Eh bien ! dit-elle, que ce soit pour l’amour de lui !

Sa voix avait perdu son ton de sévérité pour prendre l’accent de la prière. Elle me supplia d’avoir pitié de Robert, de lui épargner les humiliations qui l’attendaient, de ne pas flétrir cette vie, jusqu’aujourd’hui sans tache, de ne pas faire de lui un homme sans foyer, sans patrie...

Ce que je souffris, nulle parole ne saurait l’exprimer, je sentais un écroulement affreux s’accomplir, écrasant sous sa ruine mes espérances, mon bonheur, mon amour... Du milieu de ces ruines un sentiment nouveau surgissait : celui du sacrifice.

Je me redressai et lui montrant du geste, par la fenêtre ouverte, le ciel qu’elle avait invoqué :

— Vous avez vaincu ! dis-je. Je partirai seule.

....... ......... ....