Je n’ai pas quitté ma chambre, j’ai fait dire que j’étais malade. Il m’aurait été impossible de revoir Renée. Cette nuit, nous avons échangé, je le sens, notre dernier regard.

La journée s’avance, Robert doit être arrivé. O mon bien-aimé, quel retour je vous prépare !... Ma pensée, écrasée par la nécessité qui la brise, essaie vainement de s’éclairer et de s’affermir. Les ténèbres s’épaississent et je sens l’égarement s’emparer de moi...

Mais quel est ce bruit que j’entends ? Des pas furtifs résonnent dans le corridor ; ils s’arrêtent devant ma chambre, une main se pose sur la clef... La porte est verrouillée et ne s’ouvre pas. Il se fait un moment de silence, puis une voix très basse appelle :

— Thérèse !

Grand Dieu ! c’est Robert !

Je me cramponne des deux mains à la table qui est devant moi, afin de résister à la redoutable tentation qui se présente et à laquelle je ne m’étais pas préparée.

— Thérèse, continue la voix, ouvrez, j’ai à vous parler.

Mais j’enfonce mon mouchoir dans ma bouche, afin d’étouffer le cri d’amour et de douleur qui voudrait s’en échapper ; je cache ma tête entre mes bras pour empêcher les sons d’arriver jusqu’à moi.

— Thérèse, êtes-vous endormie, que vous ne répondez pas ?

Je reste muette, un instant se passe. Les pas s’éloignent et peu à peu cessent.