L’attitude empressée de certaines femmes et leur insistance à solliciter des hommages qui ne sont pas spontanés, contribuent à donner une apparence de raison à cette conception de la vanité masculine. Quand les jeunes gens auront appris à mieux connaître les jeunes filles, ils sauront faire, entre elles, des différences, et se rendront compte que, s’il y en a d’effrontées, dépourvues de dignité, les meilleures ne sont pas de si facile défaite, et qu’il vaut la peine de les mériter.

Les hommes, assez intelligents et assez fins pour comprendre que les femmes peuvent parfois se passer d’eux, sont encore fort rares. La majorité nourrit à ce sujet les idées les plus arriérées et étroites. Ils sont persuadés que toutes les femmes, pour leur compte ou celui de leurs filles et de leurs sœurs, n’ont qu’une aspiration : le mariage coûte que coûte et plutôt avec n’importe qui qu’avec personne ! Lorsqu’ils sont obligés de constater le contraire, ils concluent à une pauvreté de nature, à l’égoïsme, à une ambition sans limites…

Une femme est-elle froide, ils le lui reprochent comme une tare. Est-elle passionnée et tendre, ils la croient toujours prête à faillir. Si elle est trompée, ils la ridiculisent. Si elle se venge par des représailles, ils lui appliquent des mots brutaux. Ces vulgaires appréciations sont, hélas, fort communes et forment autour de la femme une atmosphère humiliante.

Donc physiquement, économiquement, légalement, elle est inférieure ; moralement, elle est considérée comme un être nécessaire à la conservation de l’espèce et au bonheur de l’homme, mais toujours dépendant de son bon plaisir et gardant socialement, vis-à-vis de lui, une posture d’infériorité. L’audace chez la femme et la prétention à l’égalité ne changeront pas sa situation ; elle s’améliorera par d’autres moyens. Même lorsque les hommes auront appris le respect de la femme et le respect de l’amour, sa condition de fille d’Ève sera toujours pour elle une source de tristesse et de désillusion, si elle ne donne pas à sa vie une direction nouvelle.

La femme ne peut se relever efficacement que par l’élargissement du sentiment de maternité étendu à toutes les créatures qui l’entourent. Lorsqu’elle aura appris à considérer l’homme comme un être dont elle doit avoir soin, tout sentiment d’abaissement et d’amertume disparaîtra de son cœur. On ne peut être humilié par ceux que l’on protège et console. Elle gagnera ainsi une supériorité qu’elle pourra opposer à celles que l’homme aura toujours sur elle sur d’autres points.

Si, au contraire, la femme sort de son rôle maternel, proclame son droit à l’égoïsme et au plaisir, elle marchera, je le crains, de tristesse en tristesse, car sa dignité est dans l’exercice d’une sollicitude s’étendant, au-delà des enfants de sa chair, sur tout ce qui peut avoir besoin de son aide matérielle et morale.


Dieu a-t-il bien fait de créer l’homme et la femme et d’en continuer l’espèce ? C’est là une question qu’il sera toujours impossible aux plus savants de résoudre. Mais le fait est là, impérieux : rêver de disjoindre les deux parties de l’humanité, même au nom de l’idéal le plus élevé, serait aussi absurde qu’irréalisable. Ce n’est donc pas en se séparant de l’homme ou en réduisant ses rapports avec lui à des contacts passagers, que la femme doit chercher à améliorer sa situation. Elle devrait, au contraire, s’intéresser à lui objectivement beaucoup plus qu’elle ne le fait aujourd’hui, s’occuper de sa vie intellectuelle et sentimentale et désirer qu’il puisse donner toute sa mesure.

La femme aurait là un rôle admirable. Mais il demande évidemment un large développement d’esprit. J’en connais quelques-unes de ces femmes que j’appellerai les consolatrices et qui font penser au sonnet de Dante sur Béatrice. Revêtues de majesté et de douceur, le calme est sur leur front. Elles ne sont ni nerveuses, ni agitées ; elles ne cherchent pas l’admiration ; elles ne forcent pas leur voix pour attirer les regards, ni leur sourire pour les fixer. Elles peuvent aimer et souffrir, mais la pitié domine tout dans leur cœur. Le mal qu’on leur fait n’excite pas en elles de rancune, tellement la laideur morale que ce mal représente les attriste. Elles sont toujours prêtes à panser les blessures qui saignent et à essuyer les yeux qui pleurent.

La dignité de ces femmes ne peut jamais être sérieusement compromise, même si un amour extrême devait les conduire aux plus téméraires imprudences et à l’oubli des lois sociales. Leur patience, leur compassion pour les douleurs, les faiblesses et les erreurs de ceux qu’elles aiment donnent à leur attitude un cachet de maternité et d’abnégation qui empêche de les confondre avec les autres femmes se trouvant dans la même situation. Mais évidemment la mission consolatrice que le plan divin a dévolu à leur sexe, s’accomplit plus efficacement et plus sûrement quand les vies sont pures et les actes sages.