Un autre élément qui, joint à la douceur, centuple le pouvoir des femmes, est l’enjouement. On le néglige trop ; être gaie, savoir plaisanter, trouver le côté plaisant des choses, rend la vie facile à chacun. Tous les hommes, même les personnalités supérieures, éprouvent un immense besoin d’être distraits et amusés. Une mère de famille qui possède ou a acquis ces dons est une consolatrice, et, à moins d’avoir, comme entourage, des monstres ou des misanthropes invétérés, elle sera aimée et obéie.
Les silencieuses peuvent être aussi, dans un autre genre, des consolatrices efficaces, car elles pensent davantage, et les pensées ont plus de vertu que les paroles. Les femmes qui parlent beaucoup, formulent parfois des choses irritantes, s’arrêtent sur des arguments inutiles ou médiocres, et leur autorité en est diminuée.
Les consolatrices ne sauraient être des vaniteuses, la vanité empêchant le développement des qualités altruistes. Elles doivent faire effort, cependant, pour se rendre le plus agréables possible, car certaines qualités extérieures exercent un immense ascendant. Quelques femmes remplies de vertus l’oublient trop et perdent ainsi le pouvoir de consoler.
Les natures soucieuses, si excellentes soient-elles, ne pourront jamais appartenir à la catégorie des consolatrices, car les nuages noirs dont elles s’enveloppent repoussent, au lieu d’attirer, et on les fuit plus qu’on ne les recherche. Demandant sans cesse à être soutenues et consolées, elles ne peuvent consoler elles-mêmes. Les êtres, comme les plantes, cherchent d’instinct la lumière, la chaleur, la force, et se tournent irrésistiblement vers les êtres qui les possèdent ou les ont acquis.
J’insiste sur ce dernier mot, car je suis persuadée qu’avec de la bonne volonté on peut se modifier et acquérir ce qui manque. Dans la jeunesse surtout c’est possible, car il y a dans l’être jeune une élasticité et une malléabilité qui lui permettent de se transformer.
Mais il faut le vouloir. Plus tard, quand les habitudes mentales sont prises, le travail subjectif devient difficile et demande plus d’efforts.
On rencontre, dans le monde, des jeunes filles maussades, prétentieuses et égoïstes, mais il en est de délicieuses qui semblent posséder tous les dons. Quelles consolatrices elles pourraient faire dans l’avenir, si le contact du monde ne les gâtait pas ! La mère elle-même est souvent la première à les dévoyer par son exemple ou ses leçons. On les jette dans des recherches de vanité, puis on les confie à un égoïste qui les convertit à ses principes, et elles vont augmenter la nombreuse cohorte des femmes médiocres et nuisibles.
Pour devenir une consolatrice, une autre qualité est essentielle : le calme ! Sans lui, comme l’a dit si justement Ernest Legouvé, rien ne se fait de grand, et aucune action efficace ne peut s’exercer. Cet écrivain ne parle pas ici du calme qui indique une somnolence de nature, mais du calme, effet de la sagesse, de l’expérience et d’un parfait contrôle sur soi-même. La femme qui l’a reçu en don ou qui l’a acquis par un patient travail sur son âme obtiendra toujours des résultats supérieurs à ceux des créatures impulsives et agitées.
La douceur, l’enjouement, le calme forment donc le triangle sur lequel doit se baser l’influence féminine dans le monde. Sans ces trois coefficients, la femme pourra peu de chose pour elle-même et moins encore pour les autres.