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Ce n’est pas seulement dans les heures suprêmes de la vie publique, mais encore dans toutes nos relations avec les faits et les individus, qu’il y a avantage à user de peu de paroles. Dans la vie domestique et familiale, le silence est certainement plus efficace que les reproches, il touche davantage, émeut plus, il donne aux mots, quand finalement ils sont prononcés, un prestige plus grand.
Les maîtresses de maison les mieux obéies, les mères de famille les plus respectées, ont été presque toujours des silencieuses. En amour aussi, la femme qui parle peu et semble se réfugier dans sa vie intérieure, est celle qui sait retenir l’amour le plus longtemps. Il y a en elle une saveur de mystère qui fascine les âmes. A l’armée, à l’école, le prestige exercé sur les soldats et les enfants est, en général, réservé aux laconiques, des lèvres desquels ne sortent que des ordres précis, des enseignements nets et clairs.
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Que de fois également, dans des circonstances délicates, une situation a été sauvée uniquement par le silence! Une seule parole aurait tout gâté et tout perdu. Le silence, semblable à un baume merveilleux, a cicatrisé la plaie et a empêché la tragédie d’éclater. Tous les êtres humains ne peuvent pas être des silencieux efficaces; il faut pour cela du tact, de l’intelligence, de la finesse! Ces privilégiés sont rares; mais tous peuvent mettre un frein à leur langue pour qu’elle ne devienne pas une source d’antagonismes et d’amers mécontentements. Cela n’est pas toujours facile, quand le cœur bat d’une indignation justifiée, mais c’est pourtant obligatoire.
Nous ne devons pas oublier que toute parole acerbe est une joie pour l’ennemi qui, secrètement et incessamment, essaye de semer la haine dans les lignes des vainqueurs.
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Comme le poète d’Eloa, rendons un culte au silence, mais n’oublions pas cependant qu’il en peut être une mauvaise espèce: celui-là est le fruit de l’orgueil et de l’obstination; il ferme ses oreilles à la vérité, s’entête dans les fausses appréciations, refuse d’écouter les conseils de l’expérience. Dans la politique, comme dans la vie familiale, ce mutisme est souvent cause de malheurs infinis et de périlleuses rancœurs.
Nul homme, quelle que soit sa valeur intellectuelle, n’est autorisé à mépriser complètement l’échange des idées avec ses semblables.
Il faut seulement être perspicace, savoir discerner les valeurs et ne pas donner sa confiance aux médiocres qui ne la méritent pas.