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Si la parole trop prolixe présente des inconvénients, l’échange des mots est cependant nécessaire au bon mécanisme de la vie. Il n’y a rien de plus triste qu’une famille de silencieux moroses. Le mari, le fils rentrent au foyer, mais pas une phrase ne sort de leur bouche, ils ne racontent rien de ce qu’ils savent, de ce qu’ils ont vu!... Si on leur pose une question ils en semblent exaspérés et y répondent à peine. Combien de familles souffrent de ce système d’inique silence.

Que demandent au fond ces mères, ces épouses, ces filles? Elles n’exigent pas de longs discours, mais seulement un sourire, un mot qui les mette un peu au courant des choses; un simple regard affectueux suffit même souvent à les satisfaire, à dissiper l’oppression de ce mutisme offensant, à compenser la rareté des mots prononcés.

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La cause de ce mal est unique: c’est l’égoïsme orgueilleux, joint à l’habitude de ne jamais réfléchir suffisamment aux conséquences des attitudes que l’on prend ou à la signification que les autres leur attribuent.

L’heure est si grave aujourd’hui qu’une sévère discipline est devenue indispensable à tous; nous devons apprendre à contrôler notre langue, et ceux auxquels leur conscience impose un mea culpa doivent être les premiers à réparer les ennuis, et parfois les malheurs que leur trop grande impulsivité a pu causer.

Élevons donc un hymne à la noblesse du silence conscient, qui signifie sagesse, philosophie, tact, dignité, altruisme, et dénonçons le silence de l’orgueil, de l’égoïsme, de l’obstination, et ce désintéressement complet de la pensée d’autrui qui, non seulement pèse sur la vie familiale, mais peut aussi devenir dangereux dans la vie politique des peuples.

CHAPITRE IV
L’INSTRUMENT MAGIQUE

Et que tes lèvres gardent la connaissance.
(Prov. V-2.)

Après avoir affirmé la beauté, le prestige, la dignité du silence, il faut parler un instant de l’instrument magique dont l’homme dispose et qui s’appelle la parole!